jeudi 7 mai 2015

Nœuds et dénouement de Annie Proulx

Petite présentation
'' Quoyle est un ballot que la vie a piétiné. Petit journaliste dans une feuille des environs de Boston, il s'est marié à une harpie qui finira par le quitter, non sans avoir tenté de vendre leurs deux filles à un pédophile. A la mort de sa femme, il s'exile, le cœur brisé, avec ses filles et sa tante, au pays de ses ancêtres, Terre-Neuve. Peu à peu, il rebâtit sa vie comme une maison en ruine battue par des vents furieux. Nœuds et dénouement est l'histoire d'un homme et d'un père transfiguré par l'apprentissage d'un bonheur simple. " Il se peut parfois qu'un amour existe sans chagrin ni souffrance. "

Mon avis
Comment vous décrire mon ressenti face à cette lecture qui, je vous le dis d’emblée, m’a laissée complètement sans voix tellement l’histoire tournant autour de ce pauvre bougre, Quoyle, sous des décors de mer et de froidure, m’a autant bouleversée qu’enchantée?
Ce roman je l’ai lu d’une page à l’autre avec, tantôt joies et plaisirs de lire ces descriptions de cette terre autant belle qu’hostile qu’est Terre-Neuve, tantôt avec tristesse et colère envers Pétale, être ignoble et par qui Quyole retournera en ces lieux de son enfance afin d’oublier son chagrin et retrouver un semblant de dignité.
Mais il en vivra encore et encore des bouleversements et ce retour aux sources ne se fera pas sans heurts. Ses enfants auront du mal à s’adapter à cette vie rurale, au climat rude et froid, où la mer prend sa beauté à travers les souffles de ces vents du grand Nord.

[…] le vent souffla plein ouest et il entendit sa plainte se transformer en hurlement, un vent terrible dans le catalogue des vents. Un vent qui se rapprochait du Vent bleu du nord, du Blaast glacial et du Landlash.  […] Un frère de sang du Blizzard de la prairie, de cette clameur venue de l'Arctique canadien connue simplement sous le nom de Vent du nord, et du Pittarak qui fait fumer la banquise du Groenland. Un vent abominable, tranchant comme une lame d'acier. [...]

C’est une belle histoire que nous raconte dame Proulx.  De cette atmosphère pesante et noire du début, ce récit prend véritablement son envol sur le sol de Terre-Neuve lieu où de fort beaux personnages tiennent leur rôle à la perfection. Qu’ils soient marins, cuisiniers, pêcheurs, chasseurs de phoques, ces êtres parfois drôles, tristes et même désespérants sont terriblement humains à travers leurs défauts et qualités.

J’ai eu beaucoup de difficulté à lâcher cette lecture tellement je me suis attachée à ce qu’elle m’a fait vivre mais surtout revivre. Ayant passé toute ma jeunesse jusqu’à l’âge adulte près de la mer entre une nature à la fois chaleureuse et sauvage, au fil de cette histoire, j’ai revu ces lieux de mon enfance. Cette petite ville d’où les habitants étaient, pour la plupart, protecteurs, ayant crainte de tout ce qui pouvait déranger leur quotidien, j’y suis retournée au fil des magnifiques descriptions que nous offre Annie Proulx.
Malgré que les lieux ne soient pas les mêmes, l’auteure a titillé mes souvenirs et sous ses superbes mots, m’a aussi permis de faire un très beau voyage entre la brume, le vent et les tempêtes d’un coin de pays qui semble inhospitalier mais qui, sous ses airs de froidure, offre un petit paradis où la nature est reine et par laquelle l’être meurtri par la vie peut reprendre plus aisément ses forces et retrouver sa dignité.
À lire et relire.

Twillingate, Terre-Neuve
photo: Don Loveridge   source: ici

Nœuds et dénouement de Annie Proulx
Rivages, 2005

Lire les billets de: Electra - Gabriel - Marie-Claude

Lu dans le cadre de la lecture commune étape printanière du  Café La Jasette

14 commentaires:

Marie-Claude Rioux a dit...

Ah! Quel magnifique billet. J'ai encore plus hâte de le lire. Il est dans ma liste "Le Canada en 12 romans contemporains!"
http://hopsouslacouette.blogspot.ca/2015/05/le-canada-en-12-romans-contemporains.html

Gabriel a dit...

Tu as aimé :) Un coup de coeur en plus! Ça en a été un pour moi aussi. Après l'avoir terminé j'ai eu du mal à passer à autre chose. J'aimerais retrouver cette atmosphère là dans une autre lecture.

Sandrine a dit...

Voilà qui est très tentant. D'autant plus que je n'ai jamais lu cette auteur. Merci pour ce beau billet.

Suzanne a dit...

@ Marie-Claude

Hon dame Marie-Claude bonne future lecture et surtout je te souhaite un très beau voyage entre les mots de cette excellente auteure.

Suzanne a dit...

@ Gabriel
Tu as raison, difficile de se mettre à une autre lecture après celle-ci.

Je te cite: ''J'aimerais retrouver cette atmosphère là dans une autre lecture''

J'oserais te conseiller celui-ci:
Les enfants de la pluie et du vent de Walter Macken

Suzanne a dit...

@ Sandrine

Hon tu n'as jamais lu Annie Proulx?! Tu m'en vois fort surprise vraiment.

Pour ton baptême, ''Noeuds et dénouements'' serait vraiment un excellent choix.

Kidae a dit...

J'ai vu le film Terre-Neuve sans savoir que c'était une adaptation d'un roman. J'ai adoré le film. La bande originale est très agréable à écouter. Il ne me reste plus qu'à lire le livre (dont je lis beaucoup de bien) et la boucle sera bouclée ;-).

Suzanne a dit...

@ Kidae

Tu te doutes bien qu'en sachant qu'un film est ''sorti'' de cet excellent bouquin que je vais tout faire pour le visionner.

Bonne future lecture gentille dame.

Florinette a dit...

Ton article donne très envie de découvrir cette auteure !! Bonne semaine Suzanne, bisous

Gabriel a dit...

Merci pour la suggestion Suzanne, je prends note. Au fait, le film au Québec s'appelle comme le livre, Noeuds et dénouement.

Suzanne a dit...

@ Florinette

J'ose te le conseiller les yeux fermés. À lire, crois-moi.

Suzanne a dit...

@ Gabriel

Merci pour l'information gentil monsieur.

Kidae a dit...

Les Québécois sont plus logiques que les Français !! Je te souhaite de le trouver Suzanne, car c'est un très beau film.

Suzanne a dit...

@ Kidae

Merci gentille dame et dès que je le visionne, je t'en fais part.

P.S. Tu as raison pour les traductions de titres, parfois je me pose beaucoup de questions sur certains titres ''français'' qui n'ont pas beaucoup de rapport. Et en littérature c'est encore plus discutable ;-)