mercredi 20 mars 2019

Le pays des oubliés, Michael Farris Smith

Abandonné à la naissance, Jack est passé d'orphelinats en foyers, avant que Maryann, une lesbienne mise à l'écart par la bonne société de Louisiane, le prenne sous son aile. Aujourd'hui celle-ci vit ses derniers jours et sa propriété est menacée par les banques. Jack, qui veut à tout prix conserver cet héritage, doit trouver l'argent nécessaire. Mais, le corps cassé par une vie de combats, ravagé par de multiples addictions, il ne se sent plus la force d'avancer. D'autant plus qu'il doit aussi affronter Big Momma Sweet, qui règne sur cet empire du vice qu'est le delta du Mississippi. 

Ma première lecture d’un roman de Michael Farris Smith : Nulle part sur la terre m’avait énormément plu au point d’en ressentir un coup de cœur alors il me tardait vraiment de me plonger à nouveau dans un nouvel écrit de l’auteur. Et, dès les premières lignes de Le pays des oubliés,  je savais déjà que j’allais passer un excellent moment de lecture.

À nouveau de beaux personnages comme celui de Jack, un homme qui, depuis l’enfance, est  désillusionné par la vie car celle-ci ne lui a pas fait de cadeau. Pour survivre il se bat afin de payer non seulement ses dettes mais aussi celles de  Maryann, sa mère adoptive, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Puis il y a Annette, la belle et mystérieuse Annette qui, en quête d’une nouvelle vie, est prête à suivre n’importe laquelle route du moment que celle-ci  va la mener vers le meilleur.
Ces deux êtres paumés, ne connaissant depuis trop longtemps que les côtés noirs de la vie, vont se croiser et choisir de cheminer ensemble afin d’affronter les mauvais coups du sort qui ne les ont pas épargnés jusqu’à ce jour et ne faisant qu’eux que des laissés-pour-compte de la société.

Une fois de plus, Michael Farris Smith réussit le pari de nous immerger complètement dans une histoire où un tourbillon d’émotions nous envahit page après page.  Au fil de ses mots, l’auteur nous entraîne dans les coins sombres du delta du Mississippi entre la violence, la détresse, les bas-fonds d’un pays rongé par la misère. Bref, là où le rêve américain n’a jamais été que l’ombre de lui-même.

Une histoire forte de deux personnages auxquels on s’attache dès leur première apparition. Une intrigue bien menée et présentée par une plume autant tranchante et sombre que touchante et d’un réalisme frappant qui, au bout du compte, malgré la noirceur du thème, nous permet d’espérer, tout comme pour ses personnages, une lueur d’espoir entre l’ombre et la lumière. Magnifique roman. Un bijou de lecture.


Le pays des oubliés, Michael Farris Smith
Sonatine, 2019


Autre roman de l'auteur sur le blogue: Nulle part sur la terre

mercredi 6 mars 2019

Billydéki, Sonia Perron


« Billydéki n’était pour plusieurs qu’un bâtard. Il fallait qu’il parte. Je lui ai promis qu’il n’aurait jamais faim, qu’il serait en sécurité, qu’il reviendrait presque tous les étés et qu’un jour, il serait le grand Billydéki. »

Depuis quelques années on entend de plus en plus parler des pensionnats autochtones par les histoires tragiques qui s’y sont déroulées sous la coupe d’individus se croyant tout permis sous le signe de la sacro-sainte religion catholique. Des horreurs s’y sont produites et malheureusement la loi du silence a fait son chemin jusqu’à ce qu’enfin ces atrocités se dévoilent de plus en plus.

Bien sûr on est loin de la coupe aux lèvres mais heureusement aujourd’hui des êtres racontent et sont enfin entendus en espérant de tout cœur atteindre la guérison si minime soit-elle.

C’est sous un contexte semblable de dévoilement de vérité que Sonia Perron situe l’action de Billydéki en décrivant ce qu’un prête, directeur d’un pensionnat autochtone, a fait subir à de très jeunes enfants à peine âgés de six ans.

« Le Petit et moi, on s'est regardés. Un instant. C'était fait, On était amis. Je possédais les mots lui le goût du bonheur. Depuis qu'on est ici, Le Petit et moi, c'est comme ça qu'on réussit à survivre au pensionnat. » p.15
Photo: lapresse.ca

Dès les premières lignes, on plonge en 1945, dans l’enfer d’un pensionnat autochtone d’où on va suivre les parcours de Billydéki et de son ami Le Petit, deux jeunes, parmi tant d’autres, qui après avoir été dépossédés de leur identité, de leur culture avec l’interdiction d’utiliser leur langage pour les assimiler et d’en faire des êtres ''civilisés'' vont disparaître sans laisser de trace.

Pendant plus de vingt-cinq années, le secret sur la raison de ces disparitions sera tenu jusqu’à ce que le frère Thomas Laurin ayant défroqué depuis et dévoré par les remords, décide de révéler à la police tout ce dont il a été témoin à l’époque.
Suite à ces révélations l’enquêteur Robert Vaughn de la Sureté du Québec avec l’aide d’une collègue vont tenter, malgré les obstacles et embûches, de faire la lumière sur cette ignoble affaire.

Billydéki est un roman dont l’histoire est à la fois intense, dure et poignante et, malgré ce dur sujet, c’est difficile d'en lâcher la lecture dès que commencée. Puis, le choix de l’auteure d’écrire ce récit à quatre voix nous permet de connaître de manière plus approfondie le point de vue des personnages principaux. Passant des années quarante, d’où les tragiques événements se déroulent, en alternance avec l’année 1970 au moment où l’enquête est mise en place;  Billydéki, Thomas Larin, le père Aldéric Hébert et l’enquêteur Vaughn racontent et se racontent…

Un très bon bouquin que nous offre Sonia Perron. Bien que le sujet soit grave et que les vécus tragiques menant sur des conséquences dramatiques subies par les communautés autochtones sont bouleversantes, l’auteure évite de s’attarder sur les jugements ou tenter d’expliquer l’intolérable. Elle a plutôt choisi la sensibilité, le respect et l’espoir.

Vous aurez deviné; cette lecture m'a vraiment plu et j’espère que Sonia Perron songe déjà à nous concocter un prochain roman car il me tarde de lire ses mots à nouveau.

Billydéki, Sonia Perron
Fides, 2019



samedi 23 février 2019

Le Marabout, Ayavi Lake

Marianne Potvin multiplie les escapades dans Parc-Extension, à Montréal. Émoustillée par cet étrange quartier rempli d'« étranges », la bourgeoise d'Outremont va y faire une rencontre qui la changera du tout au tout… Les personnages du Marabout se croisent et se recroisent sous la plume d'une auteure qui les torture en mâchouillant sa pipe, déguisée en homme, au son de ses enregistrements de Serge Bouchard. Ayavi Lake manie l'ironie avec délice, en jouant sur les voix, les Moi, les Je, déroutant malicieusement les lecteurs pour mieux leur montrer tous les chemins qu'ils n'ont jamais empruntés. 

Il y a de ces livres qui, sans pour autant être inoubliables, nous permettent de conserver de leur lecture un bon souvenir. C’est ainsi pour ce petit recueil de nouvelles de Ayavi Lake qui s’est inspirée des résident.e.s du Parc-Extension pour concocter 14 petits récits portant sur l’immigration, la question identitaire, les préjugés et l’acceptation de l’autre.

Sous le regard de Marianne Potvin, on assiste au quotidien de personnages hauts en couleur des habitants de ce quartier montréalais qui ne ressemble à aucun autre par sa multiplicité ethnique. Servant de lieu de rencontres soit au parc ou au dépanneur ou encore au marché public ou au petit café, ce quartier est bien plus qu’un décor en fait;  c’est presque un personnage à part entière.

Au fil des nouvelles de ce recueil, se côtoient des gens aux cultures différentes. Qu’ils soient Grecs, Arabes, Attikameks ou encore Africains, certains des protagonistes ont une vie assez ordinaire mais pour d’autres le destin devient de plus en plus loufoque et invraisemblable comme pour celui de Bouba par exemple qui, sous le désir d’être blanc, va voir tout son être changer de bout en bout.

Avec Le Marabout, Ayavi Lake offre un recueil aux histoires menant sur de nombreux questionnements et réflexions sur les préjugés et racisme que l’on perçoit encore trop malheureusement autant chez les Québécois ''de souche'' que chez les nouveaux arrivants.

C’est bien écrit, drôle, ironique et intense à la fois. Une auteure à la plume belle qui, malgré quelques propos sarcastiques nous dévoile surtout l’amour qu’elle porte au Québec et ses habitants de toutes cultures et origines confondues. Un beau moment de lecture.

Le Marabout, Ayavi Lake
VLB Éditions, 2019



Café La Place Commune, Parc-Extension, Montréal
Photo:@ Journal de Montréal




dimanche 17 février 2019

Salades d'Amphibie, Marsi


Bienvenue en Amphibie, ce pays où règne une salamandre sur deux pattes, portant le nom de Sanfroy. Au centre de l'Amphibie, s'allonge un étang où grenouillent de bizarres bestioles. Ce n'est pas pour flatter son créateur, mais Sanfroy a une gueule qui attise les confidences les plus étranges. De la sauterelle au ver de terre, en passant par le crapaud jusqu'au papillon noir, les vérités fusent et, hop, Sanfroy avale la salade de chacun ! Sous le coup des émotions, le pauvre en perd parfois de ses morceaux. Subjugué par la bouille de toutes bêtes, de la fine à la dégoulinante, en parallèle à la vie trépidante de Sanfroy (qui habite ses neurones à demeure), Marsi dessine ici une dentelle animalière qui a l'heur de plaire à ceux et celles qui recherchent un humour à la fois fin et délirant.


Depuis Miam, Miam Fléau, suivi de Colis 22 et de Mission Katy Cosmik, je suis devenue fan du talent de cet illustrateur qui a un coup de crayon vraiment intéressant mais avec cette dernière BD, le charme n’a pas totalement opéré.

Pourtant Marsi a de l’imagination à revendre et je ne vous cacherai pas que Sanfroy, héros amphibien sur deux pattes de ce dernier opus, est une belle trouvaille. Pas mauvais non plus l’idée de présenter cet ouvrage sous de petites scénettes d’une blague par page mais j’avoue que sur plus de 120 pages,  ça devient longuet et certaines blagues tombent à plat.  De plus, moi qui ai aimé le jeu des couleurs permettant d’étaler encore plus l’imaginaire débordant des illustrations de Marsi dans ses premières BD son choix de nous présenter sa ménagerie de bestioles en noir et blanc est surprenant. Néanmoins je ne déteste pas mais ce choix pour Salades d’Amphibie, a fait en sorte que le dessin m’a paru moins soigné même que plusieurs de ceux-ci sont très petits et malheureusement ma lecture en a souffert.

Par contre, il y a des moments savoureux. Par exemple; de belles et drôles rencontres avec de juteux personnages comme Nénufartiti, une rainette très majestueuse dans la parole et le geste. Puis que dire de Cabochon qui m’a fait bien rire au dépend de Sanfroy (pages 57 à 61), sans oublier Caméo la jolie sauterelle mais pas assez présente à mon goût. 
Enfin, l’ensemble de l’ouvrage est quand même sympathique et l’originalité de certains aspects comme le lieu et les personnages m’ont plu mais d’autres m’ont déçue surtout le choix du noir et blanc qui, je le répète et à mon humble avis, ne permet pas de voir toute l’ampleur du talent de Marsi.

Salades d'Amphibie, Marsi
Éditions Chauve-Souris, 2018

Autres oeuvres de l'auteur sur le blogue:
Colis 22 - Miam, miam fléau



dimanche 10 février 2019

Dans la vallée, Hannah Kent



« Certains êtres sont différents. Ils sont nés comme ça, sur le bord du monde. Ils savent voir ce que d’autres ne voient pas. Pour eux, les rivières ne coulent pas de la même façon. »

J’aime les histoires qui, dès les premières lignes, nous invitent au dépaysement total en nous sortant de notre zone de confort. J’aime ce style de roman qui nous transporte en des lieux différents de ceux que l’on rencontre habituellement. Comme dans ce lieu que l’auteure nous fait découvrir Dans la vallée au travers les décors d’une Irlande à la terre froide et humide où rien ne pousse ou presque. Cette terre austère d’où s’élèvent des fermes où vivent de pauvres gens qui ne cessent de lutter contre la faim, la rudesse des éléments et la maladie.

Une des fermes de cette Irlande rurale du XIXe siècle abrite Nora devenue veuve depuis peu, qui doit subvenir aux besoins de son petit-fils de quatre ans Micheal. Celui-ci, pourtant né en santé, a changé au fil des mois. Il ne sait pas encore marcher ni parler mais il hurle constamment du matin au soir jusqu’à épuisement. Que lui est-il arrivé? Quel mauvais sort s’est abattu sur lui?  Pour l’aider à s’occuper de Micheal, Nora va embaucher la jeune Mary qui l’épaulera dans ses démarches afin de trouver quelqu’un qui pourra guérir son petit-fils du terrible mal dont il souffre. Toutes deux vont faire appel à Nance Roche qui a le don : celui de clairvoyance et guérisseuse. Seule Nance peut entrer en communication avec  les faieries, ces créatures surnaturelles qui hantent la forêt et qui lui permettront de ramener le véritable Micheal. Mais le nouveau curé du village et plusieurs de ses ouailles ne l’entendront pas ainsi et vont accuser Nance de tous les maux de la terre la reléguant au rang de sorcière jeteuse de malédictions.

Quelle histoire que nous offre Hannah Kent avec ce roman dans lequel l’être humain côtoie la réalité, les superstitions, les coutumes anciennes et les légendes. Un sacré tour de force de concocter tous ces éléments qui vont résulter en un livre à l'atmosphère sombre au contenu aussi dur, troublant, cruel que captivant. Des personnages différents certains attachants d’autres comme Nora et Nance entre autres. Ces deux femmes écrasées par la misère et prises dans l’engrenage des croyances et des superstitions de l’époque, vont commettre l’irréparable.

Pour son roman Hannah Kent s’est inspiré de faits réels et a fait tout un travail de recherches. D’une histoire terrible et glaçante par moments, elle a su créer un récit quand même fascinant baladant son lectorat entre folklore, réalité et êtres féeriques. Cependant, j’avoue m’être ennuyée dans trop de longueurs et des détails répétitifs. Dommage car, sans ces petites fautes, j’aurais déposé Dans la vallée sur ma pile coups de cœur.

Dans la vallée, Hannah Kent
Les Presses de La Cité, 2018

Autre roman de l'auteure sur le blog: À la grâce des hommes

Pour en savoir plus sur le fait réel d’où est tirée cette histoire c'est ICI
(En anglais seulement)

lundi 14 janvier 2019

Fiou enfin!!!

Ouais mon ordinateur est guéri. Contente d'être de retour !! Enfin je vais pouvoir reprendre là où j'ai dû laisser et ce bien involontairement. (Mes chroniques, relectures, corrections etc.) Et dire que j'avais déjà pas mal pris du retard!! Mais l'important c'est que je n'ai rien perdu et je retrouve mes dossiers fiou!!!  Sirop que l'on dépend de ces petites bibittes-là pour certaines choses!!

Merci de votre patience mes ami.e.s. et surtout d'être toujours aussi fidèles malgré mes absences.

Heureuse de vous ''revoir''. Bises



dimanche 6 janvier 2019

Johanna, un destin ébranlé ...


Dans ce récit intimiste, Francine Ouellette raconte l’enfance de sa mère, Johanna, en Allemagne. Elle décrit la montée de la popularité d’Hitler ; les affiches placardées sur les murs, avec leur croix gammée noire sur fond rouge ; les chemises brunes qui brutalisent ou arrêtent Juifs et intellectuels. À dix-neuf ans, Johanna traverse seule l’Atlantique à bord d’un navire pour échapper au spectre de la guerre et débarque à Québec, en souliers dans la neige. L’auteure relate l’intégration de sa mère en terre d’accueil à travers le prisme de ses propres souvenirs d’enfance.


Quel bel hommage à sa mère que nous offre Francine Ouellet!  Avec sensibilité et tendresse, elle nous dévoile le vécu de Johanna; cette femme si chère à son cœur dont elle a admiré le courage, la joie de vivre et la bonté.
Elle nous dépeint des moments fort intéressants de la vie de Johanna débutant par l’enfance  de celle-ci en Allemagne jusqu’à la montée du nazisme hitlérien qui la mènera à immigrer au Québec et qui changera, non seulement son destin, mais aussi celui de ses grands-parents.

Un récit de toute une vie fort bien écrit par une très belle plume. Entre joyeuses anecdotes et passages émouvants, Francine Ouellette nous raconte la fierté d’une famille très attachante qui a eu à se faire à un nouveau milieu. Réapprendre à vivre après avoir tout quitté et s’intégrer à un nouveau monde n’a pas été de tout repos surtout dans ces années où être allemand n’avait pas la cote.

Une très belle histoire que celle de Johanna au travers ses souvenirs narrés à sa fille au fil des ans. Un parcours de vie très bien relaté, avec amour et délicatesse. Un bouquin que j’ai beaucoup aimé et je n’hésite pas à vous le conseiller. Un récit pas toujours facile, des moments de tristesse en font partie mais au bout du compte, ce qu’on retient surtout c’est la détermination d'une femme, mère et amie à la fois et son amour pour les siens et de la vie. Bref, un écrit fort joli en mémoire d’un être aimant et aimé.

Johanna, un destin ébranlé par le nazisme, Francine Ouellette
Éditions Libre Expression, 2018

Autre roman de l'auteure sur le blogue: Le Patriote errant (T5)