jeudi 18 octobre 2018

Ils étaient deux, Éric Chassé

Sorel-Tracy, deux adolescents, Léonard et David, histoire de faire peur à leur enseignante qui ne leur laisse rien passer en classe, planifient un mauvais coup. Mais ce petit tour malveillant va se transformer en tragédie et seul Léonard va se faire prendre tandis que David ne sera jamais embêté pour ce terrible geste commis à deux. Libéré après dix ans sous les verrous, Léonard n’a qu’une seule idée en tête, retrouver David et lui faire payer à sa façon tout ce temps où il n’a jamais daigné lui rendre visite en prison. David cet ‘’ami’’ aussi coupable que lui, l’a totalement abandonné. L’heure de la vengeance est arrivée et Léonard va tout faire pour piéger David.
Cependant un personnage inattendu va venir embrouiller le plan de l’ex prisonnier. En effet Yann Lord, policier de métier et beau-frère de David, qui n’a jamais eu celui-ci dans son cœur, va fouiner partout en usant même de magouilles afin de prouver l’implication du mari de sa sœur dans cette tragédie. À partir de là aucun répit, tout va s’enchaîner jusqu’au dénouement final fort surprenant.

Un très bon suspense que nous offre Éric Chassé. Jouant habilement entre l’enquête policière et le thriller psychologique l’auteur nous plonge dans une histoire où l’on ne s’ennuie pas. Bien au contraire, sous son écriture rythmée il a su fort bien mener l’intrigue tambour battant. Pas de temps morts, on reste accroché et on veut savoir comment tout ça va se terminer. Des personnages fascinants et antipathiques à la fois que l’on n’a aucunement envie de côtoyer particulièrement Yann, imbu de lui-même et détestable à souhait.

Enfin, j’ai bien aimé ce premier rendez-vous avec la plume de cet auteur qui, avec Ils étaient deux,  a su très bien me faire entrer dans son imaginaire. À découvrir. 

Ils étaient deux, Éric Chassé
Guy Saint-Jean Éditeur, 2018



mercredi 10 octobre 2018

Je sais pas, Barbara Abel

C'est le grand jour de la sortie en forêt de l'école maternelle des Pinsons : un avant-goût de vacances. Tout se déroule pour le mieux jusqu'au moment du retour, quand une enfant manque à l'appel. Emma, cinq ans, a disparu. C'est l'affolement général. Que s’est-il passé dans la forêt ? À cinq ans, on est innocent. Pourtant, ne dit-on pas qu’une figure d’ange peut cacher un cœur de démon ? 

Et c’est le cas pour ce petit ange cornu qu’est Emma! Cette jeune enfant de cinq ans m’a carrément mise en rogne tout au long de ma lecture. En réalité j’ai ressenti de la colère mais surtout un grand malaise: celui d’être constamment en face d’un petit être démoniaque et machiavélique. De plus elle est manipulatrice la jeune Emma et ce dès le début se plaisant constamment à jouer l’innocence bien qu’elle sait plus de choses qu’elle ne veut dévoiler.

Bon comme l’annonce le petit résumé, Emma disparaît lors d’une sortie scolaire mais est finalement retrouvée par Mylène son institutrice qu’elle n’aime pas du tout. Tellement que lorsque Mylène ne revient pas à son tour et malgré qu’Emma porte à son bras un foulard appartenant à la disparue,  l’enfant se borne à ne rien dire sauf : '' Je sais pas ''. Et laissez-moi vous dire qu’elle y tient à son silence la petite tellement que ça en devient peu crédible et agaçant à mesure qu’avance l’histoire. Puis que dire de sa mère, hystérique à souhait, de son père plus que dominateur et hyper protecteur bref des personnages auxquels je ne me suis aucunement attachée !!

D’accord, malgré ces côtés décevants, je dois rendre à César ce qui lui appartient. Ce roman, même s’il n’est pas parfait, se lit bien et l’intrigue a piqué ma curiosité. Je voulais savoir jusqu’où Emma garderait silence. Puis quand ses parents vont enfin se dévoiler l’un à l’autre sous leurs vrais jours ou encore pendant combien de temps Étienne, le père de Mylène, va pouvoir contenir sa colère lui si brutal de nature!
Enfin j’ai poursuivi ma lecture avec mes attentes mais, comme écrit plus haut, malgré quelques bons passages, je suis restée sur ma faim. Pourtant, j’avais hâte de lire un autre roman de Barbara Abel dont j’avais bien aimé Derrière la haine mais que voulez-vous, avec Je sais pas le courant n’a passé qu’un tout petit peu.

Je sais pas, Barbara Abel
Pocket, 2017

Autre roman de l'autrice sur le blogue: Derrière la haine

jeudi 4 octobre 2018

Les Enfants du fleuve, Lisa Wingate

J’ai terminé la lecture de ce roman il y a quelques jours et je ne sais encore en écrivant ces lignes si j’arriverai à bien transmettre mon ressenti car je suis encore bouleversée de l’histoire qu’on y retrouve. Puis, lorsque je suis bouleversée les mots ne viennent pas ou si peu.
Pas facile parce que l’histoire, bien que fiction, est basée sur des faits réels et tragiques qui non seulement m’ont émue mais tout autant mise en colère. Une histoire d’enfants arrachés à leur famille, vendus au plus offrant, d’autres subissant violence et maltraitance.

Dans son récit Lisa Wingate nous transporte, en alternance, sous deux époques différentes. En 1939 aux côtés de Rill Foss et de ses frères et sœurs qui connaîtront les tourments et angoisses d’être séparé.es de leurs parents. Puis, de nos jours, à suivre le parcours d’Avery qui, au fil d’une rencontre, découvrira de lourds secrets qui remettront sa vie et ses valeurs en question.

Des lieux différents, des parcours à l’opposé l’un de l’autre mais leurs histoires se rejoignent au bout du compte car, comme pour Rill et les siens et comme pour Avery, leur vie sera à jamais bouleversée. Malgré que le propos de ce roman nous remue les tripes, l’autrice a évité adroitement de plonger son récit dans le piège de la complaisance et du larmoiement. Bien au contraire sous ces drames, elle nous promène aussi au travers la résilience, l’amour familial, l’espoir, le courage et la combativité.

Les enfants du fleuve est un roman dans lequel l’émotion nous étreint à chaque page ou presque et l’écriture de Wingate, à la fois fluide et évocatrice, y est pour beaucoup. Finalement, l’autrice, suite à des recherches exhaustives et par la justesse de ses personnages, a très bien su réunir fiction et réalité en levant le voile sur une page méconnue et tragique d’un trafic d’enfants durant les années 1920 jusqu'en 1950 aux États-Unis. Troublant.

Les Enfants du fleuve, Lisa Wingate
Les Escales, 2018


(Pour en savoir plus sur cet ignoble trafic d'enfants et de son instigatrice Georgia Tann, voir ICI)

dimanche 30 septembre 2018

Plomb, Félix Villeneuve

Quelle belle découverte que ce roman de Félix Villeneuve. D’emblée je vous dis que, dès les premières lignes, je savais déjà que j’aurais de la difficulté à lever le nez de cette lecture tout simplement parce que ce drôle de personnage de Carl et ses élucubrations, manies, obsession m’ont tenu en haleine jusqu’à la  dernière page.

En effet, dans ce premier roman, l’auteur a concocté toute une histoire racontant la fascination obsessive d’un homme envers une actrice connue mondialement : Myriam Aaron. Une obsession plus que maladive qui, de jour en jour va prendre de l’ampleur jusqu’au dénouement final.

Menant une vie bien ordinaire, asocial, renfermé sur lui-même, diminué physiquement, constamment voué à l’échec contrairement à son frère pour qui il n’a aucun sentiment et ne voyant en lui qu’un simple bailleur de fonds, Carl ne va pas bien et ce, depuis un sacré bout. Pourtant celle qui partage sa vie, tout comme ses proches font tout en leur possible pour le rendre heureux mais Carl ne voit que lui et son petit monde qu’il se forge jour après jour. En fait Carl n’a qu’une idée en tête celle de tout faire pour rencontrer Myriam Aaron cette vedette pour qui il a érigé un temple dans son sous-sol et envers qui il éprouve une admiration sans bornes.  Cette femme le fascine et l’obsède vingt-quatre heures sur vingt-quatre au point où, désirant que son rêve devienne réalité, il va tout quitter afin de retrouver celle qu’il idolâtre.

 Tout un personnage que ce Carl. À la fois manipulateur, d’un égoïsme frappant,  constamment fixé sur sa petite personne bref, tout pour attirer de l’antipathie à quiconque croise son chemin.  Mais, à suivre l’homme dans sa quête de Montréal à New York en passant par los Angeles et en constatant tous ses efforts et ses peines qu’il va déployer pour atteindre son but, force est d’admettre qu’on finit par éprouver un peu d’affection pour Carl.

J’ai beaucoup aimé Plomb. Un premier roman très réussi menant sur une histoire d’obsession mais aussi sur ce qui peut porter à une telle passion envers une personne. Sous cette folie de Carl se cache aussi le mal-être du personnage et Félix Villeneuve nous le démontre très bien. Complexé parce que démuni physiquement, constamment l’ombre de son frère, tout ce que le personnage entreprend depuis sa jeunesse est voué à l’échec alors peut-être que Carl voit en cette M.A enfin la réussite qu’il convoite depuis longtemps.

Un très bon roman, bien écrit, une histoire originale et intéressante que j’ai parcourue avec intérêt. Un jeune auteur de talent et il me tarde déjà de lire à nouveau ses mots.

Plomb, Félix Villeneuve
Stanké editions, 2018



lundi 24 septembre 2018

Une ville qui danse, t1, Aline Apostolska

Avant de lire Une ville qui danse j’avoue que je ne connaissais que très peu sur le milieu de la danse car, bien que je m’intéresse à tout ce qui est culture, j’étais moins attirée vers cette forme d’art. Mais voilà qu’avec ce premier volet d’une série en deux tomes, Aline Apostolska a réussi à capter  mon intérêt tout simplement parce qu’elle nous offre le monde de la danse sous un autre jour; celui que l’on ne voit pas ou très peu. Autrement dit l’envers du décor.

Aux côtés de beaux personnages comme Laurène, Florence et Juliette et au fil de leur histoire, leurs peines, joies et drames, l’autrice nous dévoile les beaux et les moins beaux côtés de cette passion plus qu’exigeante qu’est la danse sous toutes ses formes dont la danse contemporaine.

Aline Apostolska raconte bien, même très bien. Sous une trame romanesque elle nous décrit avec délicatesse, précision et réalisme un univers fascinant. Il en faut des efforts physiques et financiers,  même au détriment de la vie personnelle pour percer dans le milieu de la danse au même titre que d’autres métiers artistiques comme le théâtre, la musique, l’écriture et tous ceux/celles qui gravitent autour. Et dans ce premier tome, on en apprend beaucoup sur le travail, parfois très ardu, à accomplir pour réussir à vivre de cette passion.

Bref, ce roman m’a beaucoup plu et j’ai apprécié qu'Aline Apostolska ajoute au travers les destins fictifs de ses trois héroïnes, des faits réels, entre autres, les étapes menant à la construction de l’Espace danse à Montréal. Mais n’ayez crainte, ce n’est aucunement assommoir, bien au contraire, ces détails enrichissent l'histoire et c'est très intéressant.

Finalement, pour ma première intrusion au fil des mots d’Aline Apostolska, j’ai été agréablement surprise et il me tarde déjà de découvrir ce qu’elle nous réserve comme suite à ce premier tome.
À lire vraiment.

Une ville qui danse, Aline Apostolska
Derrière le rideau, tome 1
VLB éditions, 2018


 Source photo: radiocanada.ca

Pour plus de détails sur l'Espace danse c'est ICI




dimanche 16 septembre 2018

Ne fais confiance à personne, Paul Cleave


Il y a pire que de tuer quelqu’un : ne pas savoir si on l’a tué.


Avant Ne fais confiance à personne, je n’avais pas encore lu un roman de Paul Cleave sans trop savoir pourquoi en fait. Peut-être une certaine crainte d’une histoire dans laquelle les protagonistes baigneraient essentiellement dans  une atmosphère noire; ce que je n’avais pas envie de lire vraiment.  Mais après en avoir feuilleté quelques pages je me suis surprise à désirer en savoir plus sur ce Jerry Grey, auteur à succès, atteint d’Alzheimer précoce dont la vie va basculer de jour en jour.

En fait, dans ce thriller psychologique, tout tourne autour de ce personnage et de sa mémoire de plus en plus défaillante même, qu’au fil du roman, on se met à douter de ce qu’il avance d’autant plus que l’écrivain s’accuse lui-même des meurtres qu’il a inventés pour ses romans!! Mais dit-il vrai ou non? Est-ce le fruit d’une imagination très fertile ou simplement de la confusion dû à son état? Mais ce qu’on sait par contre c’est que l’amnésique est dans la mire de la police qui doute de plus en plus de sa culpabilité. On suit l’affaire au même rythme de l’enquête policière et, tout en gravitant autour de certains témoignages ainsi qu’entre les lignes du journal intime de l’amnésique, les événements vont se dévoiler peu à peu.

Je n’ai pas détesté cette première rencontre au fil des mots de Paul Cleave. L’intrigue est bien ficelée et tout en offrant une bonne histoire policière Cleave dépasse les paramètres du genre en y insérant avec réalisme les effets dévastateurs de l’Alzheimer. Émouvant.

Cependant certains passages sont longs car répétitifs mais ces petits défauts ne m’ont pas arrêtée et j’ai poursuivi celle lecture avec plaisir tout simplement parce que le jeu du chat et de la souris nous menant sur de fausses pistes tout en nous faisant douter m’a fait passer de bons moments et je ressors de cette première rencontre avec l’envie de lire Paul Cleave à nouveau.

Ne fais confiance à personne, Paul Cleave
Sonatine, 2017