samedi 4 juillet 2020

La mariée de corail, Roxanne Bouchard

Quand Joaquin Moralès est appelé à enquêter sur la disparition d'une capitaine de homardier, il hésite : son fils vient tout juste de débarquer chez lui, soûl comme un homme qui a tout perdu. Mais lorsque le corps d'Angel Roberts est retrouvé, il ne tergiverse plus, car cette femme, c'est aussi la fille de quelqu'un. La mer, dans ce roman policier poétique, évoque la filiation et fait remonter à la surface les histoires de pêcheurs, véridiques ou réinventées, de Gaspé jusqu'au parc Forillon. 

 Après Nous étions le sel de la mer, j’ai retrouvé avec grand plaisir les mots de Roxanne Bouchard. Son écriture si belle m‘avait manquée plus que je ne le croyais et de ‘’revoir’’ Joaquim, Cyrille et les descriptions toutes autant imagées, colorées et simples à la fois m’ont, une fois de plus, procuré un réel bonheur de lecture. De plus, tout comme pour la première enquête de Moralès, l’intrigue se déroule en Gaspésie, en des lieux où se côtoient l’air salin, terres aux beautés sauvages et ses habitants autant ''raconteux'' d’histoires qu’avares de mots lorsqu’il le faut.

Dans La mariée de corail, Moralès se voit confier l’enquête sur la disparition d’Angel Roberts, pêcheuse d’homard. Une enquête qui ne sera pas facile à résoudre dû aux témoignages quasi inexistants et à la méfiance de l’entourage de la disparue. Pas facile en effet surtout que Moralès va devoir travailler avec l’inspectrice des Pêches Simone Lord, femme de tête, déterminée, au caractère solide et qui ne lui cédera pas grand terrain pour résoudre son investigation. Puis, l’arrivée soudaine de son fils ainé aux prises avec des problèmes personnels ne lui facilitera pas la tâche d’autant plus que les deux hommes sont adeptes de silence lorsqu’il est question de vraies choses les concernant.

J’ai vraiment aimé que l’auteure nous livre plus intimement le personnage de Moralès. Ses émotions, cette douleur qu’il garde au fond de lui, son amour maladroit qu’il porte à son fils, sa relation avec ses collègues bref, cette description plus personnelle nous révèle le côté plus humain de Joaquin. Et puis, je ne vous cacherai pas qu’outre Moralès, la majorité des protagonistes dépeints dans cette histoire sont, soit pittoresques, mystérieux, drôles, curieux, faibles ou forts, chose certaine on s’y attache aussi sans trop de difficulté.
Un excellent bouquin que ce petit dernier de Roxanne Bouchard. L’enquête est captivante, les mots sont beaux, poétiques sous une écriture expressive à souhait.

Finalement, lire La mariée de corail c’est comme faire un voyage en Gaspésie sans bouger de chez soi. On se laisse porter aisément par les descriptions, les expressions et le bel imaginaire de l’auteure au don véritable pour l’écriture. À lire sans modération.

Petits extraits 

''Un jour Cyrille Bernard m’a dit que le passé était des souvenirs séchés et durcis posés sur le comptoir de la cuisine. Il dit que ces instants-là, dilués dans l’eau salée des chagrins, revenaient parfois à la surface de la mémoire et qu’ils écorchaient tout à mesure qu’ils remontaient.'' P.343

''Cyrille lui a souvent parlé des levers de soleil, plus beaux que les couchers parce que l’œil est pur, fraîchement ouvert, comme nettoyé par la nuit, alors que les couchers arrivent par-dessus les autres images du jour, quand la pupille est déjà pleine.'' P.349


Lever de soleil vers les 5 heures trente sur le Parc Forillon


La mariée de corail, Roxanne Bouchard
Libre Expression, 2020


Autre roman de l'auteure sur le blogue: Nous étions le sel de la mer




mardi 23 juin 2020

La rumeur : Lesley Kara

Ah ces rumeurs qui se répandent dans le temps de le dire. Certaines sont fausses, d’autres peut-être vraies mais presque toujours semées exagérément. Chose certaine, les rumeurs, peu importe leur densité, ont cette capacité de se propager à la vitesse de l’éclair.
Dans ce premier roman de Lesley Kara, c’est vers Joanna que dame rumeur va creuser sa route en y semant sournoisement de drôles de cailloux. Et l’héroïne, histoire d’être acceptée dans son nouveau milieu de vie, va alimenter le ragot selon laquelle une certaine Sally McGowan, tristement connue pour avoir assassiné un jeune garçon de six ans alors qu’elle n’était âgée que de dix ans, serait une de leur concitoyenne vivant sous une nouvelle identité!

D’emblée, je ne vous cacherai pas que ce récit a retenu mon attention les quelques jours que j’ai pris à le lire. En fait, tout au long de l’histoire, j’ai été prise par le jeu du soupçon tout autant que les membres de la petite communauté de Flinstead. Sous quelle apparence se cache cette tueuse d’enfant? La voisine, la pharmacienne, l’enseignante, l’épicière? Peu importe, cette rumeur va devenir de plus en plus malsaine et tendre ses tentacules en piégeant Joanna au-delà du soutenable et celle-ci va voir sa vie bouleversée.
Une histoire qui va plonger notre héroïne dans le dédale des interrogations, de la suspicion et des regrets. Joanna va devoir se reprendre, se remettre en question face à tout ça, admettre ses erreurs et surtout vouloir découvrir la vérité belle ou terrible sur ce terrible événement qui a provoqué cette féroce rumeur et ce malgré ses peurs et appréhensions.

Vraiment un bon thriller que nous propose Lesley Kara. Un premier roman très bien écrit et j’ai senti tout au long de ma lecture la parfaite maîtrise du sujet principal, la propagation d’une rumeur et ses conséquences parfois dramatiques, en y alliant fort bien suspense et rebondissements. En conclusion, j’ai passé un très bon moment de lecture et je n’hésite aucunement à vous conseiller de lire cette nouvelle auteure au talent assuré.

La Rumeur, Lesley Kara 
Les Escales, 2020 

Un petit ajout de mon cru. Un poème écrit depuis un bout et portant justement sur la rumeur.

Elle a ses rues, ses haltes et ses ponts 
Et des théâtres où l’on joue sans façon 
Toutes les scènes qu’elle apporte aux oreilles 
De ceux qui se mêlent, de celles qui s’emmêlent 

Elle a ses carrefours et ses grands boul’vards 
Ses sombres coins qui vous foutent le cafard 
C’est là qu’elle réserve à ceux qui s’y hasardent 
Les paroles les plus bêtes, toutes celles qui font mal 

La rumeur a ses plaisirs, ses déchirures 
À double effet sous les parjures 
Elle a ses phrases, ses couplets et ses mots 
Qui n’ont rien à dire mais qui en disent trop 

Elle est sans remords comme une mercenaire 
Et ses vilaines habitudes de toutes les manières 
Elle frappe, elle blesse, elle tue 
Puis s’éloigne, revient et ne se tait plus 

Et vous qui lui servez d’artères 
Vous les grandes gueules que trop familières 
Ouvrez votre cœur, éloignez la malsaine 
Parce que dame rumeur ne s’en donne pas la peine 

Elle a ses plaies et ses blessures 
À double effet, je vous le jure 
N’entendez plus ses paroles et ses mots 
Car elle n’a rien à dire même si elle en dit trop. 

© SueF2001 Tous droits réservés

dimanche 14 juin 2020

L’Institut, Stephen King

Bienvenue à l'Institut.
Quand les enfants y entrent, ils n'en sortent plus.

Au coeur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent
dans la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent.

Luke se réveille à l'Institut, dans une chambre semblable à la sienne, sauf qu'elle n'a pas de fenêtre. Dans le couloir, d'autres portes cachent d'autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques.
Que font-ils là ? Qu'attend-on d'eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s'enfuir ?
Aussi angoissant que Charlie, d'une puissance d'évocation égale à Ça, L'Institut nous entraîne dans un monde totalitaire... qui ressemble étrangement au nôtre. 

Lorsqu’il est question d’un roman de King, je lâche tout ou presque et je me mets à sa lecture subito presto. Faut dire que je lis ''Le Maître'' depuis des décennies j’ai donc bien des années de bons moments littéraires. Mais bien que sur des dizaines et dizaines de ces lectures j’ai fait de très beaux voyages au fil de son univers, j’ai connu aussi quelques déceptions et malheureusement ce tout dernier en fait partie. Bon, bon attention, L’Institut n’est pas un mauvais roman même que dans l’ensemble c’est une bonne lecture mais, hummmm... ce dernier écrit comporte des défauts qui m’ont tout simplement irritée du début jusqu’à la fin. Et plus de 600 pages à chercher à combattre ces irritations, c’est long et ça vous brise pas mal le plaisir de lire.

Bon allons-y de quelques explications concernant ma déception sans pour autant divulgâcher. Un rythme lent, très lent qui a mis ma patience sur le qui-vive dès le début. (Oui je sais, l’auteur use souvent de longueurs et de détails dans ses écrits et je peux comprendre que généralement les détails ont leur importance mais pour ce dernier opus, j’ai trouvé que King avait abusé sur de l’inutile et c’est désolant.)  De plus, ce qui m’a fait perdre de l’intérêt c’est le nombre incroyable de personnages secondaires. Trop selon moi et avaient-ils tous et toutes leur importance dans l’histoire hum, j’en doute pour certains mais pour d’autres leur rôle aurait pu être prolongé. (Je pense à Avery entre autre mais chut, je n’en dis pas plus à ce sujet).

Dernier point. Je m’attendais à plus de suspense, plus de surprises et surtout que, d’après le résumé, on annonçait L’Institut comme étant de la trempe d’un Ça par exemple!!! Mais loin de là et j’ai déchanté; dommage.

Par contre bien que je vous ai parlé des côtés négatifs de ce roman, je me dois quand même d’avouer que certaines parties de l’intrigue ont retenu mon attention et ont fait en sorte que l’histoire contient ses côtés intéressants. Ma curiosité d’en savoir plus a pris le dessus et malgré ses côtés répétitifs et passages facilement devinables, j’ai poursuivi ma lecture malgré tout.

Finalement, même si certaines parties du récit m’ont plu, ce dernier écrit de King n’est pas le meilleur de l’auteur. J’attendais assurément trop de ce roman et malgré que je sois une inconditionnelle des écrits de King, je ressors de cette lecture vraiment déçue.

L’Institut, Stephen King
Albin Michel
, 2020

Autres romans de l'auteur sur le blogue: 22/11/63 Ça  Cycle de La Tour sombre - Dôme - Joyland - L'Outsider - La ligne verte - Le bazar des mauvais rêves - Trilogie Billy Hodges Mr Mercedes t1- Carnets noirs t2- Nuit noire, étoiles mortes - Rose Madder - Running man

lundi 1 juin 2020

Le suspect, Fiona Barton

Jusqu'où iriez-vous pour protéger votre famille ?
Quand deux jeunes filles de dix-huit ans disparaissent lors de leur année sabbatique en Thaïlande, leurs familles se retrouvent aussitôt sous les projecteurs des médias internationaux : désespérées, paniquées et exposées jusque dans leur intimité.
La journaliste Kate Waters, toujours avide d’un bon papier, se charge immédiatement de l’affaire, une occasion bienvenue pour elle de se rapprocher de son fils, parti vivre à Phuket deux ans auparavant. […]Face à la complexité de l’affaire et au manque de coopération des autorités sur place, Kate ne voit qu’une seule issue : se rendre sur les lieux afin de prendre l’enquête en mains. Mais cette fois elle est loin d’imaginer à quel point elle va être impliquée personnellement.


Après La veuve et La coupure, il me tardait de lire une autre aventure de la journaliste Kate Waters. Alors lorsque j’ai eu en main cet autre roman la mettant en vedette, je n’ai pas hésité une seconde à m’y plonger le nez.
Je ne vais pas ajouter au résumé car il en dit suffisamment. Je vais plutôt me concentrer à vous exprimer autant mon plaisir à relire Barton que ma déception face à ce dernier opus de l’auteure. En fait, mon avis est assez mitigé. J’ai aimé et pas beaucoup à la fois. Peut-être que j’en attendais trop de ce dernier roman surtout qu’avec ses deux premiers, l’auteure m’avait conquise.

J’avoue qu’après un début prometteur, l’intrigue a perdue de sa valeur. Peu de rebondissements, longueurs et répétions principalement concernant les passages où l’on retrouve les filles en Thaïlande. Leurs dialogues vraiment très enfantins! Et que dire de leurs disputes!! On aurait dit de jeunes adolescentes se chamaillant continuellement dans une cour d’école pour des riens. Pourtant ce qu’elles rencontraient depuis leur arrivée n’avait rien de situations faciles à gérer. Bref, ces passages m’ont ennuyée. Puis, les événements traînent en longueur. Après 200 pages, on semble rester sur place pendant un bout puis hop l’histoire reprend et on avance à petits pas. Hum agaçant à la fin!

Cependant, je ne dénigre aucunement ce roman car on y retrouve la belle écriture de l’auteure avec cette façon qu’elle a de nous offrir, en alternance, les va et vient de ses personnages. Un peu comme un roman choral; on apprend le point de vue de chaque protagoniste et j’avoue que ce n’est pas dénué d’intérêt sur plusieurs détails et cette habitude d’écrire ainsi m’a plu dès ma première découverte de ses écrits. Finalement, j’ajouterais que Le suspect ne comprend pas que des défauts. Non, ce roman se lit tout de même bien et ne serait-ce que pour le plaisir de découvrir Kate Waters sous un jour plus personnel, plus complet, la voir déployer avec détermination son courage et sa force face à l’adversité surtout vis-à-vis ses collègues journalistes, ça vaut le coup.

Enfin, mon ressenti final face à cette lecture est que trop de faits dévoilés d’avance et certaines situations chaotiques ont nui à mon plaisir de lire ce nouveau Barton. Mais, comme j’ai beaucoup aimé ses deux premiers, je ne me laisserai pas abattre par cette déception et je serai au rendez-vous lors de la parution d’un nouvel opus de Fiona Barton.

Le suspect, Fiona Barton
Fleuve Éditions, 2020

D'autres romans de l'auteure sur le blogue: La veuve - La coupure

mardi 26 mai 2020

Le goût de l’élégance, Johanne Seymour

« Un jour, tu te lèves, et ton destin prend une tournure inattendue. Ta petite vie ordinaire est soudain plongée au cœur d'un tourbillon dont la beauté insoupçonnable et la puissance amoureuse t'étaient étrangères. Tu n'es plus seule. Ton île, que tu croyais déserte, est peuplée. » 

J'ai beaucoup aimé ce dernier roman de Johanne Seymour et j’avoue que j’en aurais pris encore sur ce goût de l’élégance qu’elle nous a déversé doucement en nous racontant l’histoire de Simone qui, rejetée par l’homme de sa vie et ses ami.es, congédiée par un patron acariâtre, ne voyant son avenir peuplé que de tristesse et de solitude bref, plus rien ne semble l'intéresser. Et Simone se retrouve prise dans le terrible engrenage du découragement au point même d’éprouver une douleur de vivre.

« Si je pouvais un seul instant voir mon existence comme un long poème célébrant la beauté, l’harmonie et la compassion, j’aurais la preuve que tout n’est pas perdu. Mais… »

Mais suite à ses errances journalières tout près d’où elle habite, notre héroïne va ouvrir la porte d’une petite librairie différente de bien d’autres où elle fera la connaissance de personnes qui vont lui tendre la main avec empathie et gentillesse. À leurs contacts, Simone va parvenir à se défaire de cette couche négative qui l’enveloppe depuis des mois. Aux côtés d’Alice, de Billy, d’Amandine, de Philippe et Guillaume, elle va connaître un nouveau souffle, une renaissance.

« Tu vois, le problème avec ceux qui sont en détresse, c’est qu’ils se sentent seuls, invisibles. Ça leur enlève toute volonté de réagir, tout espoir de s’en sortir. Ça transforme le courage en bottine de béton. Le secret… c’est qu’on n’est jamais seul. »

Et ce petit extrait nous parle autant qu’à Simone et, bien que ce roman comporte des moments de douleurs et de mal-être, l’auteure nous remet sur cette douce réalité que la beauté en toutes choses existe et existera encore grâce à l’impact de l’amitié. Et que dire de la présence de tous ces livres qui l’entourent et qui lui apportent du réconfort autant par leur contenu, leurs histoires, leur poésie et leurs mots.

« […] où suis-je?
Elle me regarde avec compassion.
- Là où le coeur guérit et où la tête se nourrit.
- Pardon?
- T’es dans une librairie, Simone. Ici, il y a tout ce qu’il faut pour soigner les maux et sustenter le cerveau. »

Quelle belle plume que celle de Johanne Seymour et je ne me lasse pas de lire ses mots. Qu’elle nous raconte la douleur, la tristesse ou encore l’espoir ou la bienveillance d’une belle rencontre, elle sait écrire la vie avec ses hauts et ses bas délicatement avec tendresse et poésie. Elle sait vraiment nous offrir de beaux plaisirs de lecture et avec Le goût de l’élégance elle ne fait pas exception à la règle. À lire sans hésitation.

Le goût de l’élégance, Johanne Seymour
Éditions Libre Expression, 2020


dimanche 3 mai 2020

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n'est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. A l'âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l'abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l'irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même... 

D’ordinaire je me méfie des romans encensés à l’extrême ayant été déçue à quelques reprises mais voilà que l’histoire de cette jeune Kya, abandonnée par les siens et devant subvenir toute seule à ses besoins m’a, à la fois étonnée et bouleversée. Je ne vous cacherai pas qu’au tout début j’avais également crainte de tomber dans une lecture trop pathétique mais au fil des pages, Là où chantent les écrevisses est devenu un très beau voyage dans une contrée sauvage aux côtés d’un personnage beau, fort, au caractère impressionnant malgré son jeune âge.

En effet Kya est d’une débrouillardise incroyable. Sans l’aide de personne ou presque, elle va apprendre à se nourrir, combattre ses peurs, la solitude, les préjugés tout ça au milieu d’un marais où la nature sauvage est omniprésente. Tout un apprentissage que va connaître la jeune héroïne qui, tout au long de l’histoire va apprendre à la dure que la vie comporte bien des difficultés, des déceptions mais aussi de très beaux côtés qui lui apprendront à s’épanouir et grandir malgré les embûches et les coups durs.

 « Parfois la nuit, elle entendait des bruits qu’elle ne connaissait pas ou était réveillée par un éclair tout proche, mais chaque fois qu’elle trébuchait, la terre la remettait sur ses pieds. Jusqu’à ce jour, sans qu’elle en prenne vraiment conscience, la douleur qu’elle avait au cœur s’écoula comme de l’eau dans le sable. Elle était toujours là, mais cachée au plus profond. Kya puisa sa main sur la terre mouillée et vivante, et le marais devint sa mère. » 

C’est une belle histoire que nous raconte Delia Owens. Outre le cheminement de Kya, l’auteure nous offre toute une ode à la nature. La richesse de la faune, sa biodiversité et ses mystères sont décrits merveilleusement par une plume belle et poétique. Tout se déroule sous nos yeux, on croirait vraiment être là, en plein milieu des marais, à sentir, les odeurs, à entendre les bruits d’une envolée de lucioles ou des pas prudents d’un grand héron bleu chassant dans le marais boueux.
Parallèlement au parcours initiatique de Kya, l’auteure n’a pas hésité à y intégrer une enquête policière suite au meurtre d’une « connaissance » de notre jeune héroïne qui sera vite suspectée.

En conclusion, je n’hésite aucunement à vous conseiller la lecture de beau récit bien que celui-ci comporte quelques faiblesses. En fait, ce ne sont que de petits bémols qui ne diminuent en rien le plaisir de découvrir une attachante Kya vivant la solitude, l’abandon, les préjugés mais surtout découvrir son courage, son désir de survivre, sa solidarité, ses passions, bref, un cheminent personnel semé de difficultés mais aussi de beautés en des lieux où règne en reine une sauvage nature. À lire.

« Un marais n'est pas un marécage. Le marais, c'est un espace de lumière, où l'herbe pousse dans l'eau, et l'eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu'à la mer, et des échassiers s'en envolent avec une grâce inattendue — comme s'ils n'étaient pas faits pour rejoindre les airs — dans le vacarme d'un millier d'oies des neiges. »


Là où chantent les écrevisses, Delia Owens 
Éditions Seuil, 2020

dimanche 8 mars 2020

Les cachettes, Guy Lalancette

La petite Claude Kérouac, onze ans, a disparu, mais il faut 48 heures à ses proches pour s'en apercevoir. Quand la police est enfin appelée, les agents découvrent une famille chaotique et désunie. Chez les Kérouac, la vérité vous file sans cesse entre les doigts. Claude, depuis le lieu où elle s'est cachée, se confie à une psychologue antipathique. Tour à tour candide et trop lucide pour son âge, parfois cruelle, elle livre sa version d'un sombre roman familial.

Au début je ne vous cacherai pas la crainte de m’être embarquée dans un roman racontant une difficile histoire d’enlèvement d’une enfant que l’on retrouvera peut-être jamais. Mais au fil des pages, les événements se sont avérés différents et je me suis laissée emportée par un récit vraiment accrocheur et bouleversant.

L’histoire nous est offerte en alternance entre l’enquête policière et la narration de Claude qui raconte à sa façon ce qui la pousse à se terrer ainsi, se cacher, disparaître comme pour mieux saisir et comprendre cette souffrance et cette solitude qui l’étreignent sans cesse malgré qu’elle soit de famille nombreuse. Si jeune et si prise par ce qu’elle découvre au fil des jours, cet amas de silences, de secrets et aussi de mensonges comme ceux de sa mère qui se cache derrière ceux-ci pour garder ces vérités qui la rongent.

« Les mensonges de maman sont des mensonges pieux. C’est elle qui le dit. Je n’ai pas trouvé l’expression dans le dictionnaire. Pendant qu’elle faisait le lavage qui n’en finissait pas, elle m’a dit qu’il s’agissait de paroles réfléchies, pleines d’une respectueuse affection, pour éviter les peines inutiles à ceux qu’elle chérit. »

Mais Claude, malgré son jeune âge n’est pas dupe et elle est très intelligente peut- être trop par moments car la jeune fille ne va pas tout à fait bien. Elle a de drôles de comportements, certains la menant à commettre des actes condamnables ce qui laisse présager qu’elle est instable psychologiquement; c’est triste et bouleversant.

Bon je pourrais en ajouter encore et encore mais je vais me contenter de vous dire que ce roman est vraiment bien construit. Que l’histoire comporte son lot de questions, d’interprétations, de suppositions face à ce qu’est et vit la jeune Claude. Face à son imaginaire et sa réalité ainsi que face à sa famille dysfonctionnelle et déroutante à souhait. De plus, je ne désire que vous laisser le plaisir d’aller à la rencontre de Claude, très beau personnage que nous offre l’auteur avec sa plume belle, humaine et pleine de sensibilité. À lire; bonne lecture.

 « J’aimerais mieux être aveugle avec une canne blanche comme Monsieur Rhéaume qui marche dans notre rue le matin et le soir. Peut-être qu’il n’est pas aveugle pour vrai et qu’il a trouvé cette idée-là pour se cacher, pour être quelqu’un d’autre. C’est une bonne place pour se cacher d’être dans le noir en plein soleil. » 

Les cachettes : Guy Lalancette
VLB, 2020