dimanche 12 mai 2019

L’Empreinte, Alexandria Marzano-Lesnevich

Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu'au jour où son chemin croise celui d'un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l'épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n'aura alors cesse d'enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

D’entrée de jeu, je n’ai pas envie de vous jaser trop longuement de ce livre tout simplement parce que croiser un tel talent d’écriture et que l’on en ressente la valeur dès les premières pages, n’est pas fréquent et je veux vous laisser le plaisir de sa découverte. Cependant, je vous préviens, ce livre n’est pas une lecture facile car l’auteure nous mène tout droit au cœur de la bassesse humaine avec ses meurtrissures qui laissent des cicatrices indélébiles.

Bien sûr je pourrais vous parler de ce qui a amené l’auteure à écrire ce livre, vous parler de cet homme dont les gestes horribles ont tout déclenché comme émotions chez l’auteure. Vous dire combien les convictions, les valeurs, les secrets d’avant, enfouis là en dedans depuis tant de temps, ont été bousculés chez l’auteure au point où cette histoire à cheval entre enquête journalistique et thriller est devenue sa propre quête.

C’est une histoire dérangeante, glaçante par moments mais c’est aussi une enquête captivante et très solide nous menant vers un récit fort bien maîtrisé et remarquablement bien écrit.
En fait tout dans ce livre a retenu mon intérêt et malgré le propos difficile et marquant de cette histoire, la sensibilité, la résilience, l’honnêteté et l’humilité de l’auteure à nous livrer et nous faire réfléchir également et ce  à son rythme,  sur la peine de mort, la culpabilité, l’indicible et le pardon,  bien tout ça résulte en un superbe récit.

Avec L’Empreinte Alexandria Marzano-Lesnevich nous démontre non seulement une belle humanité mais aussi un grand talent d’écriture qu’il me tarde déjà de lire à nouveau.


L’Empreinte, Alexandria Marzano-Lesnevich
Sonatine, 2019

vendredi 3 mai 2019

Ton absence m’appartient

« J'étais son unique fille, j'allais devenir son projet. L'expérience devait durer deux ans ; contre toute attente, elle s'est étendue sur quatorze années. Ce qui suit n'est pas un joli conte. C'est une enfance en accéléré, une vie de maniaque. Un quotidien orchestré par un tendre égocentrique qui me laisserait plus démunie que je ne saurais l'avouer. » 

Voilà le désir d’un père qui ne rêvait pour sa fille que d’une vie à l’image de ce que lui désirait au détriment de la propre personnalité de celle-ci.

« Quand on nous a dicté une façon d'être, comment arriver à trouver le vrai de notre identité, quitte à faire le deuil de ce qu'on a toujours été ? » 

Elle l’a vécu difficile ce désir mais heureusement la jeune femme, au fil des années, a appris à devenir elle-même, à forger son propre moi en acceptant et réussissant à mettre de côté les valeurs que son père lui imposait.  Comprendre et admettre que malgré l’amour qu’elle lui portait, c’est son départ et son absence qui lui a permis vraiment d’être à sa propre image; la sienne tout simplement.

J’ai bien aimé ce petit essai surtout parce que l’auteure a évité le larmoiement et le règlement de compte. Bien au contraire, tout au long des 140 pages, le respect est de rigueur.

J’ai aimé le récit de l’auteure mais j’ai aussi apprécié qu’elle nous offre différents points de vue de personnes ayant aussi vécu le suicide d’un être cher, l’abus physique, l’exil ou, tout comme Rose-Aimée, une enfance particulière.  Chacune de ces personnes se livre en toute intimité et apporte autant d’émotions que de réflexions face à la douleur, la colère mais surtout face au courage qu’il faut pour devenir ou redevenir enfin un être à part entière.

Elle montre un tatouage sur son bras : Humaine.
« Tout mon passé, toute ma douleur, tout ce que j’ai vécu… C’est ce qui fait de moi une personne vivante, une humaine. C’est écrit sur ma peau, comme ça, je ne l’oublie jamais. »
p.83

Avec Ton absence m’appartient, l’auteure réussit à nous toucher sans chercher à embellir ou enlaidir les témoignages qu’elle nous décrit, le sien compris. Oui il y a de la tristesse, oui il y a des instants douloureux mais surtout il y a des beaux moments où chacun, chacune se raconte avec humilité et générosité en n'ayant qu’un seul but au bout du compte; survivre.

Voilà, je n’en ajoute pas plus, sauf peut-être de me permettre de vous conseiller de prendre le temps de lire ce petit essai et d’y découvrir à votre tour un beau moment de lecture.

Ton absence m’appartient, Rose-Aimée Automne T. Morin,
Mathilde Corbeil (Illustrations)

Stanké,  2019.



dimanche 28 avril 2019

Dans la neige, Danya Kukafka

Au milieu de l'hiver glacé du Colorado, ce portrait d'une communauté traumatisée est noir, intense, poignant : une révélation !
Dans cette petite ville du Colorado, on adore ou on déteste Lucinda Hayes, mais elle ne laisse personne indifférent. Surtout pas Cameron, qui passe son temps à l'épier, ni Jade, qui la jalouse terriblement. Encore moins Russ, qui enquête sur sa mort brutale. On vient en effet de retrouver le corps de Lucinda dans la neige. Chacun leur tour, Cameron, Jade et Russ évoquent la jeune fille, leurs rapports, leurs secrets. Vite, ce drame tourne à l'obsession : tous trois savent en effet que la vérité peut les sauver ou les détruire.

Sirop que je n’aime pas ressentir ce genre d’émotions suite à une lecture. Me sentir prise entre l’arbre et l’écorce ne m’enchante guère. En fait, ai-je aimé ou pas ce roman? Au début oui, l’intérêt était là. Cette histoire présentée sous forme de roman choral et relatant le point de vue de trois personnages racontant leur version des faits concernant le meurtre de Lucinda, jeune fille autant détestée qu’adulée par son entourage, s’annonçait comme intéressante. Puis, tout comme eux, du moins je le croyais, je ne désirais que découvrir la vérité sur cet assassinat.

Mais non, au lieu de nous en apprendre d’avantage ou du moins de semer quelques brides ici et là, ajoutant à l’intrigue de quoi nous mettre l’eau à la bouche, l’auteure nous décortique en long et en large les relations des trois principaux personnages. D’abord Cameron, amoureux silencieux de Lucinda qui devenait de plus en plus une obsession pour lui.  Puis Jade, la belle Jade, d’une jalousie maladive envers la victime. Elle ne désirait que sa mort alors pas besoin de comprendre que ce qui est arrivé à sa rivale faisait son bonheur. Puis Russ, le fameux policier qui n’enquête pas ou presque…

Finalement après la moitié du livre, je me suis ennuyée dans trop de longueurs et de passages autour de Cameron, Jade et Russ. Cependant, je reconnais que l’auteure a du talent, que ses descriptions concernant le côté psychologique des personnages sont particulièrement réussies, mais je me répète, trop long et au détriment de l’intrigue. C’est malheureux mais l’espoir de découvrir plus de rebondissements et de suspense est resté vain pour laisser place à l’ennui.

En conclusion, j’attendais peut-être trop de ce roman que l’on présente comme étant une révélation dans le genre, je ne sais pas mais ce dont je suis certaine, c’est que tous romans manquant de rythme m’ennuient et pour moi, il en est ainsi pour celui-ci.

Dans la neige, Danya Kukafka
Sonatine, 2019

jeudi 25 avril 2019

La Cueva, Suzanne Aubry

Je lis Suzanne Aubry que depuis ses deux derniers romans : Ma vie est entre tes mains et Je est une autre et j’aime beaucoup sa plume au point que j’ai l'intention de découvrir tous ses écrits. Alors, lorsque j’ai su qu’elle sortait un nouveau roman, je n’ai pas hésité à m’y plonger le nez et dès les premières lignes, j’ai été conquise autant par l’histoire, les lieux, l’époque que par des personnages curieux, mystiques, chaleureux et intrigants.

Mêlant habilement la légende, le suspense et l’aventure l’auteure nous transporte au milieu des années 1800 en plein Far West américain aux côtés d’un François-Xavier Comtois, Québécois d’origine, ayant quitté volontairement pour les États-Unis dans le but d’apporter à sa vie des côtés disons plus passionnés. Avide d’aventure François-Xavier va être servi surtout suite à son arrivée au Nouveau-Mexique et après avoir fait la connaissance d’un journaliste qui va lui raconter de drôles d’histoires concernant un ermite dont le destin tragique va mener notre héros tout droit sur des chemins cahoteux entre la recherche de la vérité et sa propre survie.

L’histoire est bien menée, le rythme soutenu et nous mène en des lieux inhabituels. Tantôt on se retrouve dans un saloon aux côtés de cowboys et filles de joie, tantôt en discussion avec un shérif austère et autoritaire ou encore en route vers une grotte du Nouveau-Mexique. Bref, une époque, des lieux et des personnages, à la fois forts et colorés meublent très bien cet excellent roman aux rebondissements inattendus.

En conclusion, avec La Cueva, Suzanne Aubry nous offre une histoire tout autant surprenante que passionnante et captivante. Sa lecture m’a apporté un très bon moment de lecture et je n’hésite aucunement à vous en conseiller la découverte à votre tour.


La montagne Organ qui abrite La Cueva 
Photo: @ Suanne Aubry

La Cueva, Suzanne Aubry
Libre Expression, 2019

Autres romans de l'auteure sur le blogue : Ma vie est entre tes mains - Je est une autre 




jeudi 18 avril 2019

Le chant des revenants, Jesmyn Ward

Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla.
De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État.
Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent.
Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses…

Quel superbe roman!! Une histoire d’une déchirante beauté racontée par trois voix qui, à tour de rôle, prennent la parole et nous transportent au fin fond de l’Amérique raciste, sombre et dure où les silences et les souvenirs se mêlent et s’emmêlent entre les injustices, la haine et la misère. Mais, entre tous ces bouleversements, se tend aussi  le fil de l’espoir, de l’amour et de la tendresse.

Bien sûr des écrits sur le racisme, la misère, les injustices il en existe plus d’un, mais présentés ainsi sous une écriture belle, délicate et sensible, ils sont rares et deviennent précieux page après page.
Je pourrais ajouter au résumé déjà complet de ce roman mais j’ai choisi de ne pas le faire afin de vous permettre de découvrir tout ce qui se dégage de ce passionnant récit. De plus, faire la rencontre de personnages tels que Jojo, River (Papy), Léonie sans oublier le très spécial Richie ne se doit pas d’être raconté mais vécu individuellement par chaque lecteur/lectrice.

Bref, Le chant des revenants est un roman polyphonique à trois voix qui se croisent et se côtoient tout en dévoilant les silences enfouis, les absences et les chagrins vécus en tentant de mettre un baume sur trop d’injustices pour que ceux qui restent; survivent.
Vraiment, une histoire marquante et magnifique à la fois.

Extrait :
[…]Et je chante des chansons sans paroles, Les chansons viennent à moi par le même air que porte le bruit des eaux : j’ouvre la bouche et j’entends les vagues déferler.
Voici ce que je vois : 
[…] Il y a des gens : minuscules et distincts. Ils volent et marchent et flottent et courent. Ils sont seuls. Ils sont plusieurs.[…] Leur chant est omniprésent : leur bouche ne remue pas et pourtant ça émane d’eux. Une mélodie dans la lumière jaune. Ça émane de la terre noire, des arbres et du ciel toujours éclairé. Ça émane de l’eau. C’est le plus beau chant que j’aie entendu, mais je n’en comprends pas un mot. Pages 230-231

Le chant des revenants, Jesmyn Ward 
Belfond,  2019 




vendredi 12 avril 2019

L’Outsider, Stephen King

Je lis King depuis un sacré bon bout et je dois dire que, malgré quelques déceptions, ses écrits m’ont vraiment plu et L’Outsider fait partie de la catégorie excellente lecture.
Dès la première page le rythme s’accentue, l’angoisse monte petit à petit jusqu’à se demander jusqu’où King va nous emmener cette fois-ci.  Mêlant le genre, passant d’intrigue policière au roman touchant à l’étrange et au surnaturel, l’auteur semble prendre un malin plaisir à nous mener là où il le désire.

En fait le tout débute par la découverte du corps mutilé d’un jeune garçon de onze ans. Son entraîneur de baseball : Terry Maitland est vite soupçonné de cet horrible meurtre d’autant plus que plusieurs témoins l’ont aperçu emmener le garçon, que son ADN ainsi que ses empreintes ont été retrouvées autant sur le lieu du crime que sur le corps de la victime. Donc, tout accuse Maitland pourtant, d’autres témoins affirment qu’ils étaient en compagnie de l’accusé dans une autre ville et d’autres preuves le prouvent. Bref, Maitland semble posséder un alibi en béton. Dans ce cas, même si tout l’accuse autant que tout l’innocente, comment le suspect a-t-il pu se retrouver dans deux endroits en même temps?  Mystère!

Quelle histoire vraiment! À partir d’une enquête policière, on va basculer dans le surnaturel. Surprenant, apeurant, terrifiant par moment et King maîtrise parfaitement son sujet. Son intrigue est construite avec intelligence et nous tient en éveil dès les premières lignes. Petit à petit on ressent l’inquiétude, la menace, la peur au même rythme que les personnages. Parlant des personnages,  l’auteur a su parfaitement bien les intégrer; chacun à sa place dans un rôle bien défini et sont tous plus intéressants les uns que les autres, même les plus diaboliques.

Finalement, j’ai passé un excellent moment de lecture en plein milieu d’une histoire très bien réussie. Avec L’Outsider, on retrouve le talent de conteur de King et celui-ci frappe en plein dans le mille car la magie opère à nouveau. À lire.

 L’Outsider, Stephen King
Albin Michel, 2019

Autres romans de l'auteur sur le blogue:
22/11/63 - Ça - Cycle de La Tour sombre - Dôme - Joyland - La ligne verte - Le bazar des mauvais rêves - Trilogie Billy Hodges Mr Mercedes t1- Carnets noirs t2- Nuit noire, étoiles mortes - Rose Madder - Running man

mardi 2 avril 2019

Les femmes oubliées, Martha Hall Kelly

De 1939 à 1959, Martha Hall Kelly nous plonge au centre de la Seconde Guerre mondiale aux côtés de Caroline, Kasia et Herta, trois femmes aux vies complètement différentes mais dont les destins vont se croiser en de circonstances terribles.

Écrit à partir de faits et de témoignages véridiques, l’auteure nous transporte dans la sombre période de l’histoire des camps de concentration principalement celui de Ravensbrück en passant par New York, Paris, Pologne et Berlin. Trois histoires en premier plan, comme celle de Caroline, américaine travaillant au consulat de France dont l’avenir va être changé suite à ces terribles événements. Puis il y a celle de Kasia, jeune résistante polonaise, capturée et transportée à ce fameux camp d’où elle subira, comme trop d’autres, d’horribles essais médicaux. Finalement Herta, médecin allemande, femme cruelle, dure et sans scrupule va pratiquer de monstrueuses expériences sur les prisonnières de Ravensbrück.

J’ai lu nombreux écrits sur la Seconde Guerre mondiale, mais par Les Femmes oubliées, Martha Hall Kelly a réussi à me toucher au plus haut point. Débutant son roman avec la narration de Caroline Ferriday, personnage très important et fort engagé par et pour la suite des événements, le récit qui m’a le plus bouleversée par contre est celui-ci de la jeune Kasia. Le calvaire qu’elle a vécu avec plusieurs autres prisonnières est atroce et terriblement glaçant. Ça n’a pas de sens ce qu’elles ont dû endurer et il m’est encore difficile de comprendre comment et pourquoi de tels actes et souffrances ont été commis par un être aussi abjecte;  l’ignoble docteure du camp : Herta Oberheuser.  J’en frémis encore.

Oui c’est une lecture dure et marquante. Oui on y croise des passages extrêmement difficiles, mais malgré la gravité du sujet, l’auteure nous transporte aussi aux côtés de femmes courageuses, magnifiques et résilientes dont la compassion, la soif de vivre et l’espoir leur ont permis de triompher sur l’horreur et l’inhumanité.

Finalement, sous une plume respectueuse et précise à la fois, Martha Hall Kelly rend un émouvant et vibrant hommage à toutes ces femmes trop longtemps oubliées qui ont tracé leurs chemins dans l’histoire.
À lire sans hésitation.

Les femmes oubliées, Martha Hall Kelly
Éditions Guy Saint-Jean, 2018
(Paru en France sous le titre : Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux