lundi 12 novembre 2018

Adolphus, Hervé Gagnon

Une fois de plus, je ressors ravie d’un roman d’Hervé Gagnon avec cette dernière enquête de Joseph Laflamme. Il sait faire monsieur Gagnon afin qu’on laisse de côté toutes activités lorsque l’on plonge dans un de ses écrits. Comme pour le cinquième tome, je me suis laissé prendre par les rebondissements que nous fait vivre ce bon Laflamme au fil d’une de ses enquêtes journalistiques.
En effet c’est un sacré moineau que ce Joseph avec ses qualités et ses défauts dont certains irritent de plus en plus les policiers qui en ont soupé de le voir fouiner dans leurs enquêtes mais surtout de l’attitude condescendante de Laflamme à leur égard.
Faut dire qu’il n’a pas la langue dans sa poche le Joseph. Adepte de justice il n’est pas vraiment en ‘’amour’’ avec toutes formes de négligences lorsqu’il est question d’enquête policière alors, il se permet sans hésiter de mettre la main à la pâte malgré son impopularité aux yeux de la force constabulaire de Montréal.

Et notre ami ne sera pas longtemps ''en vacances'' car lors d’une visite dans un cirque ambulant qui s’est installé au parc Sohmer, notre héros, en compagnie de Mary, sa fiancée, ainsi que de sa sœur Emma et Mc Creary le petit ami de celle-ci, vont être ‘’témoins’’ bien malgré eux d’un événement crapuleux. Près d’un chapiteau du cirque, un couple a été retrouvé assassiné et semble-t-il, les meurtres auraient été commis avec l’aide d’une hache, la même qui était exposée dans une vitrine du cirque quelques heures plutôt; la même qu’avait utilisée Adolphus Dewey pour le meurtre de son épouse en 1833, soixante ans plus tôt. Pas besoin de vous dire que cette macabre découverte va attiser la curiosité de Laflamme et il n’hésitera aucunement à mener sa propre enquête.

Bon voilà, je n’ajouterai pas plus à l’histoire mais je vous préviens, une fois commencé, ce dernier volet ne vous laissera aucun répit. L’enquête va s’avérer assez difficile car les lieux où se situe une bonne partie de l’action n’inspirent pas vraiment confiance.  Sise en plein milieu de l’univers forain où se côtoient autant de drôles de personnages, certains grotesques d’autres très inquiétants ces lieux et ces gens vont apporter bien des difficultés à Joseph car faire affaire à des forains vivant dans un univers unique et secret ne sera pas de tout repos pour notre héros.

Adolphus est un polar au récit très bien construit par Hervé Gagnon qui a réussi à insérer des détails historiques ce qui donne comme résultat une lecture vraiment très intéressante. De plus, Gagnon est doué pour nous transporter dans un Montréal de 1893 comme si on y était. Il installe l’enquête, les lieux, les personnages, les décors en évitant longueurs et répétitions bien au contraire, habilement, il offre une histoire accrocheuse et on n’a qu’une envie; suivre Laflamme jusqu’au bout et pour moi, c’est signe d’un excellent moment de lecture.

Adolphus, Hervé Gagnon
(Une enquête de Joseph Laflamme)
Libre Expression, Expression noire, 2018

Autres romans de l'auteur sur le blogue: Chemin de croix (Enquête de Patrick Kelly)Joseph (Enquête de Joseph Laflamme)

Pour connaître l’affaire Adolphus Dewey, dont il est question dans le roman, c’est ICI



mardi 6 novembre 2018

Les cordes à linge de la Basse-ville, Lyne Richard

Campé dans le quartier populaire de Saint-Sauveur à Québec, ce roman par nouvelles de Lyne Richard raconte les hauts et les bas d’une petite communauté aux prises avec les aléas de la vie […]. À l’horizon se dressent les cordes à linge de la Basse-Ville, tels des révélateurs des destins croisés et contrastés […]

Je ne m’éterniserai pas en une longue chronique sur ce très bon recueil de petites mais intenses nouvelles car les mots que nous offrent Lyne Richard il vous faut vraiment les découvrir. Des tranches de vie, des parcours aux personnages différents mais qui, sans vraiment se connaître, se sont croiser sans se prêter attention pour certains mais pour d’autres ces brèves rencontres sont devenues d’inoubliables moments.
Autour d’un quartier vivent des êtres humains avec chacun/chacune leurs instants de vie, d’espoirs, de peines, des bouts de tendresse, d’amour, de ruptures et de tristes moments comme la mort par exemple.  Des êtres ordinaires tantôt rêveurs et /ou marginaux, tantôt fragiles ou tout autant insensibles ces personnages ont chacun un premier rôle dans l’un ou l’autre des récits qui s’étalent sous nos yeux.

Lyne Richard raconte bien même très bien. Qu’elle nous parle d’un jeune garçon à la boîte jaune, d’Ana et David, de Cindy ou Léonard ou encore d’un itinérant, d’un photographe ou d’Andréa et ses silences, elle nous présente chaque protagoniste avec émotion et sensibilité.  Une écriture magnifique que celle de cette autrice qui nous mène habilement au fil d’histoires touchantes et accrocheuses.

Bref, une très belle réussite que cette première rencontre avec les mots de Lyne Richard que je n’hésiterai aucunement à lire à nouveau.

« ... les cordes à linge racontent, elles sont comme des albums de photos que l’on feuillette un soir de solitude. […]Les cordes sont aussi pleines de départ. […] 
Il arrive que les chagrins d’amour se pendent aux cordes à linge. »

Les cordes à linge de la Basse-ville, Lyne Richard
Lévesque éditeur, 2018



dimanche 28 octobre 2018

Rinzen, la beauté intérieure

Deuxième volet de la série Rinzen, la beauté intérieure nous plonge non seulement dans une troublante enquête menant les sergents Rinzen Gyatso et Luc Paradis dans un monde où la cruauté meurtrière tient lieu de punition extrême à qui ne suit pas les règles.
Parallèlement à cette enquête suffisamment bouleversante, Rinzen devra jongler entre d’étranges appels qu’elle reçoit d’un certain Adam Petit, l’événement tragique perturbant son acolyte Luc et les agissements de plus en plus inquiétants de son patron Gerry Desautels.

Il me tardait de retrouver ces personnages qui m’avaient bien plu dans le premier volet : Rinzen et l’homme perdu, particulièrement celui de la jeune enquêtrice qui est attachante, profondément empathique, portant en elle de jolies valeurs.
Dans ce second tome, ces beaux côtés de Rinzen vont l’aider à supporter les inquiétudes et l’incompréhension face non seulement à l’enquête policière mais surtout envers l’homophobie, la peur, l’intolérance, la haine meurtrière qui sèment une atmosphère de lourdeur sur le cheminement personnel de certains membres de son entourage notamment sur celui de Luc. Elle lui répétera, comme lui a enseigné sa mère la sage Opame :
« Traverse la montagne, puis retourne-toi. Tu verras que ce n’était qu’une montagne. »p.143

Johanne Seymour nous propose un roman à l’intrigue solide et bien construite. De plus, en traçant plus profondément le côté psychologique de ses protagonistes et en donnant un rôle plus important à certains de ceux-ci par exemple Gisèle, la femme de Desautels et à Thierry l’ancien amoureux de Luc Paradis, l’autrice ajoute à notre intérêt d’en savoir plus.

Finalement, Rinzen, la beauté intérieure n’est pas qu’un simple roman policier. Sous les côtés calculateurs et impassibles d’enquêteurs chevronnés se révèlent aussi leurs doutes, leurs appréhensions bref, leur humanité.
Un excellent moment de lecture que ce deuxième volet et j’ai déjà hâte de me plonger dans un prochain opus.

Rinzen, la beauté intérieure, Johanne Seymour
Libre Expression, 2018

Autres romans de l'auteure sur le blogue: (Les enquêtes de Rinzen Gyatso: Rinzen et l'homme perdu )- Wildwood - (Les enquêtes de Kate McDougallLe cri du cerf Le cercle des pénitents Le défilé des mirages  - Vanités Eaux fortes)



jeudi 18 octobre 2018

Ils étaient deux, Éric Chassé

Sorel-Tracy, deux adolescents, Léonard et David, histoire de faire peur à leur enseignante qui ne leur laisse rien passer en classe, planifient un mauvais coup. Mais ce petit tour malveillant va se transformer en tragédie et seul Léonard va se faire prendre tandis que David ne sera jamais embêté pour ce terrible geste commis à deux. Libéré après dix ans sous les verrous, Léonard n’a qu’une seule idée en tête, retrouver David et lui faire payer à sa façon tout ce temps où il n’a jamais daigné lui rendre visite en prison. David cet ‘’ami’’ aussi coupable que lui, l’a totalement abandonné. L’heure de la vengeance est arrivée et Léonard va tout faire pour piéger David.
Cependant un personnage inattendu va venir embrouiller le plan de l’ex prisonnier. En effet Yann Lord, policier de métier et beau-frère de David, qui n’a jamais eu celui-ci dans son cœur, va fouiner partout en usant même de magouilles afin de prouver l’implication du mari de sa sœur dans cette tragédie. À partir de là aucun répit, tout va s’enchaîner jusqu’au dénouement final fort surprenant.

Un très bon suspense que nous offre Éric Chassé. Jouant habilement entre l’enquête policière et le thriller psychologique l’auteur nous plonge dans une histoire où l’on ne s’ennuie pas. Bien au contraire, sous son écriture rythmée il a su fort bien mener l’intrigue tambour battant. Pas de temps morts, on reste accroché et on veut savoir comment tout ça va se terminer. Des personnages fascinants et antipathiques à la fois que l’on n’a aucunement envie de côtoyer particulièrement Yann, imbu de lui-même et détestable à souhait.

Enfin, j’ai bien aimé ce premier rendez-vous avec la plume de cet auteur qui, avec Ils étaient deux,  a su très bien me faire entrer dans son imaginaire. À découvrir. 

Ils étaient deux, Éric Chassé
Guy Saint-Jean Éditeur, 2018



mercredi 10 octobre 2018

Je sais pas, Barbara Abel

C'est le grand jour de la sortie en forêt de l'école maternelle des Pinsons : un avant-goût de vacances. Tout se déroule pour le mieux jusqu'au moment du retour, quand une enfant manque à l'appel. Emma, cinq ans, a disparu. C'est l'affolement général. Que s’est-il passé dans la forêt ? À cinq ans, on est innocent. Pourtant, ne dit-on pas qu’une figure d’ange peut cacher un cœur de démon ? 

Et c’est le cas pour ce petit ange cornu qu’est Emma! Cette jeune enfant de cinq ans m’a carrément mise en rogne tout au long de ma lecture. En réalité j’ai ressenti de la colère mais surtout un grand malaise: celui d’être constamment en face d’un petit être démoniaque et machiavélique. De plus elle est manipulatrice la jeune Emma et ce dès le début se plaisant constamment à jouer l’innocence bien qu’elle sait plus de choses qu’elle ne veut dévoiler.

Bon comme l’annonce le petit résumé, Emma disparaît lors d’une sortie scolaire mais est finalement retrouvée par Mylène son institutrice qu’elle n’aime pas du tout. Tellement que lorsque Mylène ne revient pas à son tour et malgré qu’Emma porte à son bras un foulard appartenant à la disparue,  l’enfant se borne à ne rien dire sauf : '' Je sais pas ''. Et laissez-moi vous dire qu’elle y tient à son silence la petite tellement que ça en devient peu crédible et agaçant à mesure qu’avance l’histoire. Puis que dire de sa mère, hystérique à souhait, de son père plus que dominateur et hyper protecteur bref des personnages auxquels je ne me suis aucunement attachée !!

D’accord, malgré ces côtés décevants, je dois rendre à César ce qui lui appartient. Ce roman, même s’il n’est pas parfait, se lit bien et l’intrigue a piqué ma curiosité. Je voulais savoir jusqu’où Emma garderait silence. Puis quand ses parents vont enfin se dévoiler l’un à l’autre sous leurs vrais jours ou encore pendant combien de temps Étienne, le père de Mylène, va pouvoir contenir sa colère lui si brutal de nature!
Enfin j’ai poursuivi ma lecture avec mes attentes mais, comme écrit plus haut, malgré quelques bons passages, je suis restée sur ma faim. Pourtant, j’avais hâte de lire un autre roman de Barbara Abel dont j’avais bien aimé Derrière la haine mais que voulez-vous, avec Je sais pas le courant n’a passé qu’un tout petit peu.

Je sais pas, Barbara Abel
Pocket, 2017

Autre roman de l'autrice sur le blogue: Derrière la haine

jeudi 4 octobre 2018

Les Enfants du fleuve, Lisa Wingate

J’ai terminé la lecture de ce roman il y a quelques jours et je ne sais encore en écrivant ces lignes si j’arriverai à bien transmettre mon ressenti car je suis encore bouleversée de l’histoire qu’on y retrouve. Puis, lorsque je suis bouleversée les mots ne viennent pas ou si peu.
Pas facile parce que l’histoire, bien que fiction, est basée sur des faits réels et tragiques qui non seulement m’ont émue mais tout autant mise en colère. Une histoire d’enfants arrachés à leur famille, vendus au plus offrant, d’autres subissant violence et maltraitance.

Dans son récit Lisa Wingate nous transporte, en alternance, sous deux époques différentes. En 1939 aux côtés de Rill Foss et de ses frères et sœurs qui connaîtront les tourments et angoisses d’être séparé.es de leurs parents. Puis, de nos jours, à suivre le parcours d’Avery qui, au fil d’une rencontre, découvrira de lourds secrets qui remettront sa vie et ses valeurs en question.

Des lieux différents, des parcours à l’opposé l’un de l’autre mais leurs histoires se rejoignent au bout du compte car, comme pour Rill et les siens et comme pour Avery, leur vie sera à jamais bouleversée. Malgré que le propos de ce roman nous remue les tripes, l’autrice a évité adroitement de plonger son récit dans le piège de la complaisance et du larmoiement. Bien au contraire sous ces drames, elle nous promène aussi au travers la résilience, l’amour familial, l’espoir, le courage et la combativité.

Les enfants du fleuve est un roman dans lequel l’émotion nous étreint à chaque page ou presque et l’écriture de Wingate, à la fois fluide et évocatrice, y est pour beaucoup. Finalement, l’autrice, suite à des recherches exhaustives et par la justesse de ses personnages, a très bien su réunir fiction et réalité en levant le voile sur une page méconnue et tragique d’un trafic d’enfants durant les années 1920 jusqu'en 1950 aux États-Unis. Troublant.

Les Enfants du fleuve, Lisa Wingate
Les Escales, 2018


(Pour en savoir plus sur cet ignoble trafic d'enfants et de son instigatrice Georgia Tann, voir ICI)

dimanche 30 septembre 2018

Plomb, Félix Villeneuve

Quelle belle découverte que ce roman de Félix Villeneuve. D’emblée je vous dis que, dès les premières lignes, je savais déjà que j’aurais de la difficulté à lever le nez de cette lecture tout simplement parce que ce drôle de personnage de Carl et ses élucubrations, manies, obsession m’ont tenu en haleine jusqu’à la  dernière page.

En effet, dans ce premier roman, l’auteur a concocté toute une histoire racontant la fascination obsessive d’un homme envers une actrice connue mondialement : Myriam Aaron. Une obsession plus que maladive qui, de jour en jour va prendre de l’ampleur jusqu’au dénouement final.

Menant une vie bien ordinaire, asocial, renfermé sur lui-même, diminué physiquement, constamment voué à l’échec contrairement à son frère pour qui il n’a aucun sentiment et ne voyant en lui qu’un simple bailleur de fonds, Carl ne va pas bien et ce, depuis un sacré bout. Pourtant celle qui partage sa vie, tout comme ses proches font tout en leur possible pour le rendre heureux mais Carl ne voit que lui et son petit monde qu’il se forge jour après jour. En fait Carl n’a qu’une idée en tête celle de tout faire pour rencontrer Myriam Aaron cette vedette pour qui il a érigé un temple dans son sous-sol et envers qui il éprouve une admiration sans bornes.  Cette femme le fascine et l’obsède vingt-quatre heures sur vingt-quatre au point où, désirant que son rêve devienne réalité, il va tout quitter afin de retrouver celle qu’il idolâtre.

 Tout un personnage que ce Carl. À la fois manipulateur, d’un égoïsme frappant,  constamment fixé sur sa petite personne bref, tout pour attirer de l’antipathie à quiconque croise son chemin.  Mais, à suivre l’homme dans sa quête de Montréal à New York en passant par los Angeles et en constatant tous ses efforts et ses peines qu’il va déployer pour atteindre son but, force est d’admettre qu’on finit par éprouver un peu d’affection pour Carl.

J’ai beaucoup aimé Plomb. Un premier roman très réussi menant sur une histoire d’obsession mais aussi sur ce qui peut porter à une telle passion envers une personne. Sous cette folie de Carl se cache aussi le mal-être du personnage et Félix Villeneuve nous le démontre très bien. Complexé parce que démuni physiquement, constamment l’ombre de son frère, tout ce que le personnage entreprend depuis sa jeunesse est voué à l’échec alors peut-être que Carl voit en cette M.A enfin la réussite qu’il convoite depuis longtemps.

Un très bon roman, bien écrit, une histoire originale et intéressante que j’ai parcourue avec intérêt. Un jeune auteur de talent et il me tarde déjà de lire à nouveau ses mots.

Plomb, Félix Villeneuve
Stanké editions, 2018