lundi 4 janvier 2016

L'Adversaire de Emmanuel Carrère

Résumé:
'' Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L’enquête a révélé qu’il n’était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu’il n’était rien d’autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d’être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. 

Je suis entré en relation avec lui, j’ai assisté à son procès. J’ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d’imposture et d’absence. D’imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu’il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d’autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m’a touché de si près et touche, je crois, chacun d’entre nous''.

Mon avis (Lu il y a un bout)
Je n’ai lâché ce livre qu’après l’avoir terminé. Je l’ai parcouru d’un seul trait….C’est vous dire l’intérêt qu’il a provoqué chez moi. Je voulais en savoir plus long dès les premières pages. C’est un fait divers, un fait réel mais un fait sordide. Un acte cruel provoqué sans doute par un profond désordre psychologique. Je ne suis aucunement psychiatre mais simplement une lectrice que cette histoire a profondément touchée.

Comment peut-on en venir à tuer par mensonge?? Comment des faits et gestes dans le fond anodins et pardonnables peuvent-ils provoquer l’impardonnable? Comment passer presque toute sa vie dans l’artifice, l’imaginaire, les subterfuges et n’avoir même pas qu’une seule petite pensée que la vérité pourrait éclater? Est-ce de l’inconscience? Est-ce une vanité extrême, un désir de pouvoir inouï chez cet individu qui ont provoqué ce désir inlassable de mentir avec comme résultat ces meurtres abominables? Et moi, ce qui me turlupine au plus au point c’est la durée incroyable de ces mensonges sans que personne de son entourage n’ai le moindre petit doute!!! Dix-huit années d’imposture et de manipulations c’est vous dire!!!

Emmanuel Carrère nous raconte sans user de sensationnalisme et en toute neutralité, l’univers de Jean-Claude Romand afin d’essayer de comprendre le pourquoi de tels actes chez cet assassin. Pour ce faire, il a rencontré le meurtrier, assisté à son procès, échangé des lettres et surtout écouté cet homme. Par ce livre, il n’a pas refait l’enquête mais plutôt tenter d’analyser ces faits dans toute leur absurdité, dans l’abus de l’autre, dans cette notion du bien et du mal et surtout comprendre l'incompréhensible qui fait si peur...

J’ai beaucoup aimé la sobriété dans l’écriture de Carrère. Des phrases courtes écrites simplement mais avec sensibilité et respect envers le lecteur. Par contre, ce respect je ne l’ai pas ressenti chez le personnage principal et ça m’a laissé un goût amer…. Comme une sorte de mal à l’aise, un bouleversement ressortant dans les dernières pages de L’Adversaire… Comme si Carrère avait découvert et ressenti que Roland s’était servi de la fascination qu’il exerçait sur lui, de son désir de compréhension, de ses écrits et questionnements sans aucun jugements afin de lui faire croire, et à nous par le fait même, que la raison première de ses assassinats était...

Lisez ce bouquin, vous saisirez peut-être aussi la raison de ce goût amer que j'ai ressenti à la fermeture de cet excellent livre et vous vous demanderez peut-être jusqu'où peut-on aller dans le mensonge et la manipulation? Ça fait réfléchir...

L'Adversaire de Emmanuel Carrère
Editions P.O.L, 2000

12 commentaires:

Claude Lamarche a dit...

Ai beaucoup aimé aussi. D'autant que e nom de l'auteur pour moi signifiait haute voltige,univers littéraire quasi inaccessible comme celui de Marguerite Yourcenar.
À tort, j'ai bien vu en lisant ce livre... tout à fait accessible. Et fort intéressant sur le sujet du mensonge.

Sandrine a dit...

Entièrement d'accord avec toi : un excellent roman qui scotche et qui interroge profondément. Je le relirai certainement un jour.

krol a dit...

J'ai beaucoup aimé aussi. Je suis une inconditionnelle de Carrère !

Suzanne a dit...

@ Krol

Bonjour Krol et bienvenue ''chez-moi''

Difficile de ne pas aimé Carrère; un auteur dont la plume sait faire.
Merci de tes mots.
À bientôt.

Suzanne a dit...

@ Sandrine

En effet ce roman fait partie de ceux que je relirai avec plaisir si le temps se met de mon côté. ;-)

Suzanne a dit...

@ Claude Lamarche

Un auteur qu'il faut vraiment lire et chacin de ses écrits est une belle découverte.

Kidae a dit...

J'avais entendu parlé de ce livre. Ta chronique me donne envie de le lire.

Suzanne a dit...

@ Kidae

J'ose te conseiller de le lire dès que tu peux. Une histoire à découvrir vraiment.

Jules a dit...

C'est du bon Carrère!

Suzanne a dit...

@ Jules

En effet ;-)

Anne a dit...

J'ai lu et relu (pour l'école) e "roman" inoubliable. C'est dingue, le "parcours" de cet homme !

Suzanne a dit...

@ Anne

En effet,. un parcours à la fois surprenant et inimaginable pour le nombre d'années qu'il a ''joué le jeu''.