samedi 17 janvier 2015

Ruelle Océan de Rachel Leclerc

Citation
Atteignant l’extrême sud de la ville où j’apercevais des gens solitaires assis devant leur téléviseur en train de regarder la guerre dans un pays lointain, et interrogeant tout cela pour en tirer une parcelle de sens, je me disais que mon père et moi n’étions pas faits pour durer, que tout ce que nous avions construit et construisions encore s’effondrait à mesure, tout n’était que surface avec du vide en dessous. Nous n’étions pas meilleurs ni pires que les autres, nous n’avions pas le sens du temps, de sa continuité, encore moins de sa profondeur; nous allions mourir et c’était très bien, il n’y aurait plus qu’à devenir poussière d’or, humus, qu’à nourrir la terre, et ainsi nous serions plus utiles morts que vivants.

Mon avis (Lu il y a un p'tit bout)
J’aime les mots de cette auteure, j’aime sa poésie et sa façon de nous raconter les bons et moins bons côtés de la vie. Par contre, elle ne joue pas sur le mélodramatique non, elle ne fait que nous parler comme ça, de la vie bien ordinaire.
Et dans Ruelle Océan c’est par la voix d’une narratrice, vivant à Montréal en compagnie de son père dans un quartier où la misère fait loi que l’auteure nous raconte. Par son héroïne, infirmière d’un Clsc, Rachel Leclerc nous transporte à travers la vie de gens pauvres, démunis, malheureux et très seuls.

Parmi ces vies, ces misères, il y a surtout celle du père, veuf et malade. Demeurant au rez-de-chaussée de l’appartement de sa fille, il s’ennuie à mourir de son coin de pays : la Gaspésie. La mer et l’air pur lui manquent. Il a beau chercher à combler son ennui en ramassant mille et un objets qu’il accumule au fond de la cour dans un coin de la ruelle, rien n’y fait, il s’enferme de plus en plus dans sa solitude. Et sa fille sous ses sentiments mêlant son amour et son mépris qu’elle ressent pour lui va tenter tout de même de lui offrir des moments de paix et de joie au détriment de son propre bonheur.

Ce n’est pas une joyeuse histoire que celle de Ruelle Océan, c’est la misère de tous les jours de ceux qui ne sortent jamais gagnant du concours de la vie sous une écriture forte et belle dans toute son originalité.

Ruelle Océan de Rachel Leclerc
Éditions du Boréal, 2001

Lu de l'auteure: La patience des fantômes

4 commentaires:

Claude Lamarche a dit...

Chaque jour, sur mon Netvibes qui m'indique qui publie de nouveaux billets, tu es toujours présente avec deux ou plus souvent six nouvelles entrées.
Achèves-tu, pauvre de toi?
En tout cas ton blogue-site était déjà, mais encore plus aujourd'hui, un site incontournable pour qui cherche un avis sur tel ou tel roman québécois ou autre.
Toute mon admiration et mes félicitations pour ta persévérance et ton sens de l'organisation.

Florinette a dit...

La citation est déjà poignante. C'est un livre qui ne doit pas laisser indifférent... Bon dimanche Suzanne, bisous !

Suzanne a dit...

@ Claude

Bonjour gentille dame. Avant tout tu me vois désolée de faire ''frétiller'' ainsi ton Netvibes. Près de cinq années chez l'ancien blogue, j'ai accumulé pas mal de lectures ;-)
Par contre, bien que j'ai encore un bon nombre d'anciens billets, je fais, au fur et à mesure, un petit ménage et certains ne reviendront pas. Fiou ;-)

Merci de tes bons mots ils me font grand bien je t'assure.
Beau dimanche et à bientôt.

Suzanne a dit...

@ Florinette

C'est en effet une lecture parfois bouleversante. Si tu peux, lis cette auteure; elle a une fort belle plume.

Belle journée à toi.