dimanche 15 janvier 2017

Même les pêcheurs ont le mal de mer, Diane Peylin

Résumé :
C'est une petite île de sable et de volcans, aux couleurs méditerranéennes. Là, trois hommes d'une même famille, trois pêcheurs, doivent affronter le passé, les regrets, le silence.
Il y a Valente Orozco, le père, sauvage et taciturne, qui n'a jamais pu surmonter la mort de sa femme Rocio. Il y a Rafa, le grand-père, ce géant au regard d'acier, inflexible avec Valente, et qui, inexplicablement, s'est métamorphosé un beau matin pour ne plus jamais cesser de sourire. Et puis il y a Salvi, le fils, qui a quitté l'île pour le continent, fuyant un destin tout tracé.  […] Voici, tissées délicatement, les trajectoires émouvantes de trois fils en quête d'un père.

Mon avis
Quel magnifique voyage que je viens de faire aux côtés de Salvi, Valente et Rafa, trois hommes de même famille qui nous racontent, tour à tour, leur histoire, leurs souffrances, leurs non-dits.   Trois êtres : père, fils, grand-père, trois générations d’hommes fiers, orgueilleux, qui ont en commun un mal de vivre en chacun d’eux qui les ronge et accable mais qu’ils doivent taire tout simplement parce que les regrets s’enfouissent, les peines s’endurent et les secrets s’enferment profondément comme ils l’ont appris de leur père et transmis au fils. C’est comme ça un point c’est tout.

Mais pas qu’un beau voyage malheureusement car cette histoire est aussi triste et émouvante que belle.  Tour à tour Salvi, Valente et Raja nous racontent en leurs mots leurs émotions longtemps enfouies parce que chez les Orozco on ne parle pas, on pêche. Alors les mots d’amour, de compassion, de fierté, d’un petit geste pour l’un ou l’autre, pour et par un père, un frère, un fils, ça n’existe pas.  Même les désaccords et la colère sont tus!

« Mon père ne m’a jamais donné de coup, pourtant, plus d’une fois il m’a mis à terre. »

Et c’est ainsi jour après jour, les heures se suivent et se ressemblent et ce peu importe pour qui et avec qui. On doit oublier les rêves d’une autre vie désirée. Triste constat transmis de génération en génération tout ça par habitude.

Par contre Même les pêcheurs ont le mal de mer n’est pas que mélancolie et peine. L’histoire menée par une écriture belle, poétique et sensible à la fois,  glisse doucement pour nous offrir aussi la beauté d’un lieu de mer, l’espoir d’aller plus loin que le destin déjà tracé par autre que soi et des petits cadeaux de la vie comme ce doux passage par exemple :

Les jumelles, Alba et Raymonde,  avaient chacune une pile de livres que j’auscultais comme des pièces de musée, ce devait être les seuls livres de l’île, elles ne les sortaient jamais de la cabane. À l’abri dans leur sanctuaire, elles les lisaient et les relisaient, mais jamais elles ne les prenaient avec elles jusqu’à la plage pour en lire quelques pages sur le sable ou au troquet du port pour savourer deux ou trois lignes entre une soucoupe de poulpes et un verre de malvoisie. Parfois, elles me laissaient approcher leur trésor mais sous haute surveillance seulement. Une sur chaque lit, moi planté au milieu, elles me permettaient de caresser les couvertures et de renifler le papier. 

Des mots justes, tout en douceur même si certains viennent nous chercher les souvenirs ancrés au plus profond de nous. Décidément Diane Peylin sait raconter;  autant les sentiments que la beauté des images :

Je revois mon village. Les barques languissant à marée basse, les bateaux de pêche rouges, verts et bleus agrippés au quai […] les lignes sablonneuses longeant les cubes blancs aux volets bleus, les cactus à la place des fleurs, l’église encore plus blanche que les autres bâtisses, les seiches suspendues aux cordes à linge, les bancs avec les vieux et leurs chapeaux de palme, la jetée derrière les pontons, le pélican qui faisait les cent pas sur la plage, l’olivier face au figuier dans notre cœur. 

Finalement, malgré les secrets trop longtemps tus, malgré leurs lourdes conséquences, cette histoire est belle, très belle et sa lecture va me rester en mémoire longtemps.

Même les pêcheurs ont le mal de mer, Diane Peylin
Les Escales, 2016


Merci aux éditions Les Escales et à Martine Côté dInterforum

6 commentaires:

Marie-Claude Rioux a dit...

J'avoue que je suis très tentée...
Dis-moi, tu sais sur quelle île l'action se déroule?
De toute façon, les romans insulaires, j'adore. Et mélangés à des histoires de famille, c'est encore mieux.
Je le note!

Marion a dit...

C'est son titre qui m'avait tout d'abord attirée vers ce roman quand tu l'avais indiqué comme « lecture en cours ». Puis, ensuite, savoir qu'il était question de la mer et de la vie des pêcheurs avait encore un peu plus attisé ma curiosité. Et finalement, voici ton intense billet.
Aucun doute possible désormais, ce livre sera l'une de mes prochaines lectures. :)
Merci Suzanne et très belle semaine !

Milly a dit...

Un autre roman à saisir. Il semble un merveilleux roman d'atmosphère et d'émotions dévoilées. Ton billet est convainquant et j'aime beaucoup les extraits qui donnent une bonne idée du genre de roman. :)

Suzanne a dit...

@ Marie-Claude

N'hésite pas Maire-Claude, crois-moi....
Pour le lieu exact, l'auteure ne le spécifie pas vraiment sauf que ça se passe sur une île de la Méditerranée. Par contre, d'après les descriptions je crois que c'est une des îles d'Espagne. Si j'opte pour ce pays c'est que le nom de famille: Orozco c'est espagnol.

Suzanne a dit...

@ Milly

Je crois vraiment que tu aimerais beaucoup. Tu me diras ;-)

Suzanne a dit...

@ Marion

Oui gentille dame ce roman va te plaire, j'en suis vraiment persuadée ;-)
Bonne future lecture.