jeudi 26 février 2015

Autoportrait au revolver : Marie-Christine Bernard

Résumé :
Ce serait l’histoire de Jude, garçon fou et mélomane de qui émane la beauté ; Jude qui fait chanter l’univers par ses toiles à travers les couleurs et la lumière.
Mais aussi celle d’Angélique, obèse, beaucoup. Ce qu’elle sait faire le mieux, c’est prendre les gens dans ses bras. Elle le fait chaque jour pour chacun des vieux de la résidence privée où elle travaille, même s’il répond par une claque ou une insulte.[^...]
Ce serait aussi l’histoire de Keith, qui abuse de la vulnérabilité d’Angélique ; de Joseph, un vieil Amérindien qui semble avoir tout vu et tout accepté ; de Nathalie, qui n’a pas su apprendre à vivre avec ce mal niché au fond de son âme ; de Ringo, le batteur des Highway
Riders qui a perdu sa belle June – aux mains parfaites et qui chantait I’m Sorry de Brenda Lee comme personne – tout en se perdant lui-même. Si la mémoire lie les fils du tissu de l’âme, ces personnages se retrouvent de façon tout aussi anarchique, mais se retrouvent quand même.

Mon avis (Lu il y a un bout)
J’aime lire cette auteure  tout simplement parce qu’elle écrit avec humanité, tendresse, respect sur ces gens que la société rejette. Ces êtres différents, marginaux, ceux qui ne suivent pas le courant, ceux qui souffrent en silence parce qu’ils se savent incompris d’avance.
Et dans Autoportrait au revolver ce sont quelques-uns de ces êtres brisés par la vie ou par les douleurs d’une mère, d’un père qui se collent à l’enfant en des souvenirs qui l’emprisonnent et lui brûlent l’âme.

Il y a Jude, jeune homme souffrant de schizophrénie, amoureux fou de la musique classique et artiste–peintre qui fait ressortir ce mal qui le ronge en peignant.  Et il y a aussi cette préposée auprès de personnes âgées, Angélique qui souffre d’obésité et qui pour être aimée, se laisse manipuler qui la fait se croupir dans une relation malsaine dont le maître d’œuvre est Keith, un collègue de travail. Puis cet amérindien concierge, ce grand-père  atteint d'Alzheimer;  tous des gens différents, malades, enfermés dans leur tête et leur cœur par ce qu’ils n’ont pas voulu.

En petits chapitres, on entre dans le présent et le passé de chacun de ces êtres et à travers leurs regards, on en apprend sur le pourquoi et le comment  de leurs souffrances.

Oui ce roman est triste, oui son propos nous brasse en dedans mais c’est aussi  une histoire qui ne laisse aucune place aux larmoiements et dans laquelle il y a aussi une ouverture vers autre chose que la noirceur, une porte ouverte vers l’espoir d’une vie meilleure. Un roman qui a joué sur mes émotions et dont la lecture m’a bouleversée.

Un très beau roman, une histoire avec ses côtés sombres comme la vie quoi, c’est vrai. Mais qui,  sous la  plume belle et poétique de l’auteure nous permet d’y voir aussi ses beautés. À lire.

Petit extrait :
On peut faire ça avec les couleurs, Montrer la vibration de l’air. (…) Monsieur Antonio Vivaldi il a fait ça dans l’adagio du Concerto no2 en sol mineur des Quatre saisons. Il a fait le soleil qui joue avec le vent dans les branches touffues des arbres, au mois d’août, tu sais? (…) Quand on ferme les yeux, on voit les doigts des rayons qui déjouent les feuillages pour venir pianoter sur nos paupières, et c’est chaud comme une main de maman quand on a de la peine. P.16 

Autoportrait au revolver : Marie-Christine Bernard
Hurtibise, 2012

Lus de l'auteure: Mademoiselle Personne - Monsieur Julot - Sombre peuple

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