lundi 6 février 2017

Le plongeur, Stéphane Larue


Nous sommes à Montréal au début de l’hiver 2002. Le narrateur n’a pas vingt ans. Il aime Clive Barker et Lovecraft, le métal, les comic books et les romans de science-fiction des années soixante et soixante-dix que lui prête son père. Étudiant en graphisme, il dessine depuis toujours et veut devenir bédéiste et illustrateur, comme ses idoles Moebius et Tibor Csernus. Mais depuis des mois, il évite ses amis, ment, s’endette, aspiré dans une spirale qui menace d’engouffrer sa vie entière : c’est un joueur. Il joue aux loteries vidéo et tout son argent y passe, de même que celui qu’il emprunte à sa copine Marie-Lou et à son cousin Malik. L’hiver installé, il se retrouve à bout de ressources, sans appartement. […]

Mon avis
J’ai lu ce roman presque d’une traite tellement sa lecture m’a captivée. Peut-être que ce que raconte le narrateur, son parcours à travers les méandres du jeu compulsif et son boulot de plongeur entre les murs d’une cuisine d’un restaurant m’ont ramenée à mes propres souvenirs. J’ai aussi connu la dépendance du jeu et ses mauvais côtés mais je n’ai pas été plongeuse. Cependant, j’ai tout fait pour m’en sortir avec réussite alors dès les premières lignes de ce roman, l’histoire des déboires du jeune Stéphane et le fait de savoir par quels moyens il réussirait à se sortir de tous ses ennuis si c’était le cas, ont titillé ma curiosité.

Et laissez-moi vous dire que Le plongeur est un sacré bon roman. Partant des problèmes de jeux de notre héros, l’auteur nous mène à travers un monde peu connu : celui de la restauration. Un milieu peuplé de gens de tous milieux pour qui ce dur métier, mal payé, leur apporte à peine de quoi vivre en attendant d’autres avenues pour plusieurs d’entre eux. Pas facile ce boulot; des heures debout à cuisiner, faire la plonge, tout préparer, faire les commandes, servir le client tout ça à une vitesse folle sans prendre de repos ou que quelques minutes histoire d’aller griller une cigarette ou prendre une petite bouchée à la va-vite. Un monde à part, que l’on connait peu mais l’auteur sait parfaitement combler notre ignorance par ses descriptions si précises que l’on sent, à travers notre lecture, les odeurs de fritures mêlées à celles de détergents à vaisselle.

source:imagedunet.com

Mais ce travail où évolue Stéphane ne semble pas vraiment apaiser son obsession pour les machines de vidéo-poker et malgré l’aide de son ami et collègue de travail Bébert et celle de son cousin Malik, notre protagoniste vit au quotidien cette dépendance qui l’envahie de plus en plus.

''J’ai fixé l’écran, comme sur mes gardes. Encore une fois, je l’ai tapé du bout des doigts d’un coup rapide pour que la loterie ralentisse et s’arrête. Mes ongles ont fait un bruit sec sur l’écran. Les symboles ont commencé à se figer dans les cases, un à la fois. Les muscles de mon dos se sont crispés.''


source:radiocanada.ca

Difficile apprentissage pour le jeune homme pourtant passionné de musique, de lecture et surtout de dessin mais Stéphane est prisonnier de ses mensonges, ses magouilles et de ses dettes. Il est partagé entre le désir de se réhabiliter et cet attrait maladif du jeu.

Ce premier roman de Larue est riche en rebondissements et ne laisse aucunement indifférent (e). L’écriture est belle, détaillée et solide à la fois. Rien n’y est flou, tout y est juste même les côtés plus sombres de la vie du personnage principal. Un roman percutant dont l’histoire va me rester en mémoire longtemps.

Le plongeur, Stéphane Larue
Le Quartanier, 2016

8 commentaires:

Marguerite a dit...

Ah bin là, il me le faut ! J'attends patiemment mon tour à la bibliothèque... Il aborde des sujets que je connais peu (autant la restauration que la dépendance aux jeux de hasard) mais il me tente beaucoup.

Sandrine a dit...

Je ne lis que du bien à propos de ce roman. J'ai découvert Le Quartanier il y a peu, avec plaisir (ça n'est pas un éditeur très connu chez nous).

Marie-Claude a dit...

Quel beau billet tentateur! Je ne pensais pas que ça irait jusqu'au coup de coeur de ton côté. Forcément, il me tente! Pour le sujet d'abord, pour la beauté de l'objet ensuite. À suivre...
Et je vois que tu es déjà plongée dans le Oates?!

Suzanne a dit...

@ Sandrine

En effet cette maison d'édition offre de plus en plus de bons produits livresques. Je te souhaite de le lire bientôt.

Suzanne a dit...

@ Marie-Claude

Oui un coup de coeur pour le thème (rare dans le roman québécois), pour la justesse de l'écriture, pour les fameux personnages et ainsi de suite. Je te souhaite autant de plaisir que j'en ai eu.
Quant au recueil de dame Oates; jusqu'à présent, la dame est fidèle à sa réputation.

Dominique Blondeau a dit...

Le Quartanier, l'une des jeunes maisons d'édition des plus originales de ces dernières années à Montréal. J'ai lu le roman de Stéphane Larue. Un grand roman aux thèmes peu usités. Merci Suzanne.

GeishaNellie a dit...

J'ai entendu parlé de ce livre à formule Diaz et il me tente vraiment beaucoup beaucoup!

Suzanne a dit...

@ GeishaNellie

N'hésite pas gentille dame et je te souhaite de bons moments aux côtés de Stéphane et ses comparses.